La bibliographie sur le thème de la globalisation est devenue toujours plus vaste et spécialisée, décourageant parfois ceux qui voudraient saisir l’ensemble de ce phénomène, très actuel pour la mission de l’Église.
Le livre d’Emilio Grasso que nous présentons ici a le mérite de parcourir, avec sveltesse, les éléments économiques, historiques et culturels du
phénomène d’une manière essentielle et simple, en l’ouvrant à la profondeur théologique des questions posées à notre conscience de chrétiens.
Ces questions nous sont posées par l’Afrique, continent aux marges des processus d’intégration économique et culturelle mondiale ; mais une interpellation inquiétante pour tous nous est adressée surtout par le Christ qui, en prenant notre nature humaine, s’est uni en quelque sorte à tout homme, souffre et est crucifié dans l’humanité des peuples africains.
L’Auteur souligne, aux trois premiers chapitres, la nécessité d’analyser le phénomène avec une approche multidisciplinaire. À travers une analyse historique et phénoménologique, il parcourt à nouveau les principales théories économiques pour mieux situer le système néolibéral actuel.
Il rappelle que c’est là une démarche nécessaire pour éviter des jugements qui ne respectent pas la juste autonomie des réalités terrestres. C’est une remarque très importante surtout pour l’Afrique ; celle-ci, en revendiquant une redistribution plus équitable des richesses mondiales, fait souvent l’économie d’une analyse correcte des phénomènes et des lois du marché et de la production de la richesse.
Violée et saccagée tout au long de l’histoire, l’Afrique attend une redistribution des richesses mondiales, un partage de la richesse, qui ne pourra certes pas lui venir des lois du marché, devenu aujourd’hui sauvage et difficile à gouverner par la politique.
Par ailleurs, l’Auteur nous rappelle, dans le quatrième chapitre, que l’Afrique subit la globalisation comme une nouvelle prévarication du plus fort, à l’instar de la traite négrière, d’abord, et de la colonisation et néocolonisation, ensuite.
Il faut aussi ajouter que relativement rares ont été, parmi les intellectuels africains, les voix qui se sont levées pour développer une analyse des responsabilités politiques et culturelles internes au Continent, pour le bousculer de sa torpeur historique et pour prôner des programmes d’“ajustement culturel”. Ces derniers sont nécessaires, en effet, pour dépasser les blocages qui empêchent l’Afrique d’entrer dans la modernité et d’acquérir aussi les principes économiques de base et une culture de l’entreprise, propres au marché mondial.
Emilio Grasso parcourt avec compétence et esprit critique le débat de la littérature africaine sur ce sujet.
Et il nous pose finalement la question : quelles sont les voies que l’Église peut parcourir en Afrique et en Europe face à la globalisation, pour mettre au centre de sa vie le choix, l’option préférentielle, quoique non exclusive, pour les pauvres et les jeunes ?
C’est ainsi qu’Emilio Grasso nous introduit dans le cinquième chapitre sur les considérations théologiques, présentées de manière incisive et qui indiquent des pistes précieuses. Nous voulons relever, ici, seulement des provocations importantes pour la mission qui s’imposent, en effet, dans la formation des laïcs : quelle évangélisation pour l’Afrique aussi bien que pour l’Europe ?
Emilio Grasso vient à nos devants en soulignant que dans l’évangélisation l’Église est appelée à encourager et à accompagner la recherche libre et rationnelle de toutes les solutions possibles pour construire de nouvelles cultures et de nouvelles structures face aux problèmes posés par la globalisation.
Il nous rappelle aussi qu’il ne faut absolument pas proposer des “solutions” et des modèles préfabriqués, parachutés du dehors, étrangers à cette recherche commune, responsable et créative de tout le peuple de Dieu.
Toute “solution” sera toujours partielle et provisoire et à soumettre à la critique de l’Évangile, qui nous appelle à aller toujours au-delà de toutes nos réalisations (cf. p. 91).
L’Évangile n’est pas la réponse ou la “solution”, mais il propose Jésus Christ, identifié aux pauvres, comme la “question” incontournable et normative qui interroge notre liberté, appelée aussi à des choix politiques qui s’expriment et se confrontent dans un pluralisme de possibilités (cf. p. 77).
C’est une invitation pour l’Église en Afrique à ne pas dénaturer l’action évangélisatrice, à ne pas la réduire à un humanisme sans fondement et horizon divins (cf. pp. 92-93). Le développement humain authentique doit se fonder sur une évangélisation toujours plus profonde (cf. Redemptoris missio, 58).
C’est l’homme libéré par le Christ qui est le protagoniste principal du développement. La mission doit, en effet, se dépouiller de tout paternalisme, ancien et nouveau, qui l’a marquée dans sa rencontre avec l’Afrique.
Le radicalisme de la “question”, de l’interrogation posée par le Christ identifié aux pauvres, appelle l’Occident aussi à une réponse beaucoup plus profonde que le refus culturel et social de la globalisation.
Il est légitime que la société civile s’exprime et cherche des politiques altermondialistes viables, mais il faut souligner que l’Évangile opère une provocation tout d’abord au niveau personnel, interroge et déracine les principes sur lesquels chacun construit son style de vie et ses “équilibres” qui souvent ne prennent pas en compte les “Autres”, les pauvres, en définitive le Christ qui se révèle en eux et nous ouvre à la transcendance, “évacuée” par contre par la modernité.
C’est à l’écoute du Christ qui nous indique un nouvel horizon, c’est dans une conversion personnelle profonde, c’est dans le dialogue et dans l’accueil réciproques que l’Occident et l’Afrique pourront se rencontrer d’une manière nouvelle par rapport à la prévarication continue et à la dépendance historique déjà vécues.
Dans la conclusion l’Auteur écrit : “On ne se sauve pas tout seul. L’Occident et l’Afrique se sauvent ensemble ou meurent ensemble. Il est vital pour tous de se rencontrer” (p. 105).
Il nous indique une spiritualité de la rencontre, dans un chemin commun de foi, qui nous demande de transformer l’histoire selon le dessein de Dieu, dans la créativité et dans le service réciproque.
Les problèmes provoqués par la globalisation sur le terrain en Afrique ̶ souligne-t-il en conclusion ̶ se posent de manière dramatique comme des questions de vie et de mort. L’Afrique doit être aimée dans la vérité et ne peut être encore le lieu de conquêtes et d’expériences.
Emilio Grasso, Mondialisation, Marginalisation, Nouvelle Évangélisation. Un défi pour l’Église en Afrique, Centre d’Études Redemptor hominis Cameroun, Mbalmayo 2003, 107 pp.
TABLE DES MATIÈRES
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Introduction |
5 |
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I. Quelques notions économiques |
7 |
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Le marché et la formation des prix |
7 |
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Épargne et investissement |
11 |
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La richesse des nations |
13 |
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Ricardo et la répartition du produit social |
16 |
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La pensée de Karl Marx |
18 |
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II. La mondialisation : les étapes préliminaires |
25 |
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La philosophie individualiste |
25 |
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L'organisation scientifique du travail |
28 |
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La crise de Wall Street |
32 |
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Le New Deal et les politiques keynésiennes |
34 |
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La crise des années 1970 |
39 |
|
III. Le triomphe de la mondialisation |
43 |
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La naissance de la mondialisation |
43 |
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L’idéologie néo-libérale |
48 |
|
Quelques conclusions concernant la mondialisation |
50 |
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IV. La mondialisation et l’Afrique |
53 |
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La situation actuelle de l’Afrique |
53 |
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La rencontre de l’Afrique avec l’Occident |
56 |
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L’Afrique et la rationalité |
59 |
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L’Occident chrétien et l’Afrique |
67 |
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V. Quelques considérations théologiques |
75 |
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Conclusion |
105 |