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 Une réflexion depuis le Cameroun

 

Pendant sa vie bimillénaire la réflexion du peuple chrétien autour de sa propre foi a forgé des expressions qui sont devenues comme des jalons qui marquent le chemin que parcourt le peuple de Dieu. L’une de ces expressions est due à l’Évêque du deuxième siècle saint Irénée qui, dans une page de son Traité contre les hérésies, écrivit : “La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant, et la vie de l’homme, c’est la vision de Dieu”.La gloria di Dio è luomo shutterstock 2458947069

Or, saint Irénée nous rappelle que nous sommes appelés à chercher Dieu et à lui donner gloire. Mais il nous explique que Dieu reçoit la gloire quand l’homme vit. La vie de l’homme, donc, et non sa mort, est la gloire de Dieu.

Voilà pourquoi la lutte contre tout ce qui produit la mort, comme la maladie, la malnutrition, le manque d’hygiène, l’ignorance, l’eau non potable, l’impossibilité de recevoir des soins médicaux, les injustices, le tribalisme, les guerres, les tortures, la privation des droits humains, le manque de liberté dans toutes ses expressions, le sous-développement, la corruption du pouvoir, les crises économiques..., tout cela, et bien d’autres choses encore, est lutte pour la vie de l’homme et donc lutte pour la gloire de Dieu.

Le Père de Jésus n’est pas un Dieu qui trouve sa gloire dans la mort de l’homme. Le Père de Jésus est un Dieu qui veut la vie de l’homme et que cette vie soit pleine.

Notre Dieu est donc le Dieu de la vie et non le Dieu de la mort. Dans son amour infini pour l’homme, Il accepte de perdre sa vie, Il accepte le dépouillement progressif de toute sa richesse, mais seulement pour que dans sa mort, la Mort soit définitivement vaincue et que chaque homme puisse l’affronter en la regardant en face pour affirmer le Royaume de la Vie, le Triomphe de la Vie.

La gloire de Dieu, c’est donc l’homme vivant. Et nous ne pourrons nous flatter de donner gloire à Dieu en dehors d’un engagement total, radical, définitif, intelligent, courageux, organisé pour la vie de l’homme.

Mais, attention ! Si nous voulons pleinement comprendre ce qu’est cette vie de l’homme, nous devons avoir la vision de Dieu. Sans la vision de Dieu, nous ne saurons jamais ce que veut dire vraiment vie, ce que veut dire homme vivant.

C’est cette vision de Dieu qui nous fait comprendre ce que veut dire vivre et ce que veut dire mourir.

Les hommes qui sont entrés dans cette vision, même si d’une façon non explicite et non thématisée dans les catégories de l’Évangile, ont préféré la mort et le martyre plutôt qu’une apparence de vie qui n’aurait été rien d’autre que promener un cadavre illusoirement vivant.

C’est la vision de Dieu qui nous indique ce qu’est la vie et ce qu’est la mort. En dehors de cette vision nous sommes comme les hommes de Ninive “qui ne distinguent pas encore leur droite de leur gauche” (Jon 4, 11).

Si nous jetons un coup d’œil même rapide sur le monde d’aujourd’hui, nous constatons la vérité de l’affirmation biblique. Mais nous pouvons comprendre le monde où nous vivons, nous pouvons souffrir de sa folie et de sa mort, seulement si nous sommes plongés dans la vision de Dieu.

L’on découvre ce qu’est le péché, la mort, la destruction de la vie, ce que veut dire une jeunesse gâchée seulement si on a la conscience de ce qu’est l’amour de Dieu.

Seulement qui découvre le Visage d’un Dieu qui se fait pauvre et se laisse anéantir par amour, peut comprendre ce que veut dire péché, refus, mort, peut pleurer sur ce qu’il a perdu.La gloria di Dio è luomo shutterstock 2479074341

Seulement la connaissance de plus en plus profonde de Celui qui nous attend et qui nous aime, seulement la connaissance de Ses entrailles de miséricorde, du battement de Son cœur, de l’attente de Sa voix peut nous faire comprendre ce que veut dire vie et ce que veut dire mort.

La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant, et la vie de l’homme, c’est la vision de Dieu.

Si nous voulons répondre en plénitude à notre vocation d’être des ministres de vie et non de mort, si dans nos paroisses, dans nos quartiers, dans nos villages nous voulons être témoins de vie et non de mort, alors nous devons mettre au centre de notre vie, de notre journée, de notre communauté la recherche de la vision de Dieu. Croître dans cette vision, approfondir cette vision, c’est le premier travail auquel nous sommes appelés, si nous voulons être des célébrateurs de la vie et non de la mort.

La vision est la plénitude de la foi et la foi est, donc, le commencement de la vision. La foi naît de l’écoute attentive et obéissante de la parole de Dieu (cf. Rm 10, 17).

Là où il n’y a pas cette écoute, cet accueil, cet approfondissement, cette obéissance, cette compréhension, cette envie de nager dans la mer de la Parole…, là où tout cela manque, il ne peut y avoir de foi.

Et sans la foi nous n’atteindrons jamais la vision. Et alors nous pourrons même faire beaucoup de choses, mais nous ne serons jamais les ministres de la Vie, car “la gloire de Dieu, c’est l’homme vivant, et la vie de l’homme, c’est la vision de Dieu”.

Emilio Grasso

 

 

 

29/06/2024

 

Catégorie : Articles