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Aux fidèles de la paroisse Sagrado Corazón de Jesús d’Ypacaraí (Paraguay)

 

Mes chers amis,

Dans son homélie du 17 avril dernier, depuis la chapelle de la Maison Sainte-Marthe, le Pape François nous a mis en gardeHomilia 24 05 2020 1 contre le danger de s'habituer à la Messe virtuelle, la Messe transmise par les différents médias.

Le Pape François a dit textuellement :

“La familiarité des chrétiens avec le Seigneur est toujours communautaire. Une familiarité sans communauté, une familiarité sans le Pain, une familiarité sans l'Église, sans le peuple, sans les sacrements est dangereuse. Aujourd’hui nous vivons dans une situation difficile, que le Seigneur permet, mais l'idéal de l'Église est toujours avec le peuple et avec les sacrements. Toujours. Faisons attention à ne pas viraliser les sacrements, à ne pas viraliser le peuple de Dieu. L'Église, les sacrements, le peuple de Dieu sont concrets”.

En réalité, quand on voit la Messe en streaming, ce que l'on voit est le résultat d'une transmission électronique qui forme une image à l'écran. L'image à l'écran n'est rien, dans le sens où ce n'est pas la Messe.

Maintenant, nous devons comprendre quelle est la différence entre le souvenir et ce que nous appelons "le mémorial".

Souvent, lorsqu'une personne très chère meurt, nous conservons ses photos ou vidéos, où cette personne apparaît avec nous, ou nous écoutons des enregistrements qui nous transmettent leur voix.

Tout cela constitue un souvenir de cette personne. Le souvenir, cependant, ne rend pas vraiment présent cette personne pour nous, tandis que le mémorial fait de nous des contemporains de cette personne et, en même temps, rend cette personne contemporaine de nous.

Le mémorial est un mémorial-réel, la re-présentation de ce qui est commémoré, la présence réelle de ce qui s'est passé historiquement autrefois, et qui nous est communiqué ici et maintenant de manière efficace.

Pour cette raison, en parlant du très-saint Mystère de l'Eucharistie, le Concile Vatican II s'exprime ainsi :Homilia 24 05 2020 4

“Notre Sauveur, à la dernière Cène, la nuit où il était livré, institua le sacrifice eucharistique de son Corps et de son Sang pour perpétuer le sacrifice de la croix au long des siècles, jusqu’à ce qu’il vienne, et pour confier ainsi à l’Église, son Épouse bien-aimée, le mémorial de sa mort et de sa résurrection : sacrement de l’amour, signe de l’unité, lien de la charité, banquet pascal dans lequel le Christ est mangé, l’âme est comblée de grâce, et le gage de la gloire future nous est donné. Aussi l’Église se soucie-t-elle d’obtenir que les fidèles n’assistent pas à ce mystère de la foi comme des spectateurs étrangers et muets, mais que, le comprenant bien dans ses rites et ses prières, ils participent de façon consciente, pieuse et active à l’action sacrée, soient formés par la Parole de Dieu, se restaurent à la table du Corps du Seigneur, rendent grâces à Dieu ; qu’offrant la victime sans tache, non seulement par les mains du prêtre, mais aussi en union avec lui, ils apprennent à s’offrir eux-mêmes et, de jour en jour, soient consommés, par la médiation du Christ, dans l’unité avec Dieu et entre eux pour que, finalement, Dieu soit tout en tous” (Sacrosanctum Concilium, 47-48).

J'ai lu avec beaucoup d’intérêt la réflexion hebdomadaire suivante, avec laquelle je suis entièrement d’accord, de Mgr Felipe Arizmendi Esquivel, évêque émérite du diocèse mexicain de San Cristóbal de Las Casas.

Il commence par dire que

“la pandémie du COVID-19 nous a obligés à éviter les concentrations de personnes, car chacun d'entre nous pourrait être un porteur du virus et le transmettre à d'autres, sans s'en rendre compte. Pour cette raison, nous avons dû fermer les églises, non pas pour éloigner les gens de Dieu et de l'Église, mais pour collaborer à la lutte contre la propagation du mal. L'intention est de protéger le peuple.

Cependant, il n’a pas manqué de gens pour affirmer qu'il s'agit d'une persécution contre l'Église, que c’est l'œuvre de francs-maçons et de personnages infâmes avec beaucoup d'argent qui veulent changer le cours de l'histoire, à leurs propres fins. Ce sont des théories que nous écoutons, mais il n'y a aucune base sérieuse pour les soutenir. Les malades et les morts ne sont pas des théories, mais des faits accablants, même par rapport à des personnes très proches, qui nous obligent à prendre des mesures extraordinaires que nous espérons temporaires, si nous collaborons tous”.Homilia 24 05 2020 3

Concernant la situation actuelle que nous vivons au Paraguay, le Dr Guillermo Sequera, Directeur général de la surveillance de la santé, a expliqué, le 20 mai, que

“bien que les chiffres de notre pays par rapport à la lutte contre le Coronavirus soient vraiment bons, cette victoire apparente – en termes footballistiques – n’aurait à voir qu’avec la première mi-temps, puisque les ‘45 minutes’ décisives suivront en juin, avec l'arrivée du froid. Nous regardons également du coin de l’œil le Brésil, dont la grave situation tend à empirer”.

Pour Mgr Arizmendi,

“il y a des gens qui n'acceptent pas la célébration des Messes sans la participation physique des fidèles, comme si elles ne valaient pas ou ne servaient pas à nourrir la foi. Ils s’appuient sur des textes bibliques, y compris pour attaquer la hiérarchie, comme si nous étions trop soumis aux autorités civiles, comme si nous voulions priver les gens de la nourriture eucharistique, comme si nous étions des amoureux du confort, craintifs et lâches de peur de nous infecter, laissant les gens en proie au désarroi. Je déclare que ce qui nous anime est, comme l'a dit saint Irénée, la gloire de Dieu, qui consiste en ce que l'être humain vive ; par conséquent, qu’il ait une bonne santé, car sans cela il n'y a pas de vie. La plus belle chose de Dieu et son œuvre préférée, c’est l'être humain, et nous devons en prendre soin à la fois dans le corps et dans l'esprit”.

Et Monseigneur Arizmendi conclut sa réflexion en rappelant ceci :

“Il est très important que nous, prêtres et évêques, célébrions la Messe tous les jours, même sans beaucoup de fidèles, pour prendre soin de la santé et de la vie du peuple ; Homilia 24 05 2020 2 nous la célébrons précisément pour le bien de la communauté. C'est une forme transitoire ; il ne doit pas toujours en être ainsi. La normalité, c’est la présence physique des fidèles et la Communion sacramentelle, car Jésus est très clair : ‘Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous’ (Jn 6, 53). Il doit en être ainsi, avec des personnes concrètes et avec la Communion sacramentelle. Pendant cette pandémie, nous ne laissons pas le peuple sans nourriture, mais nous l’alimentons de la Parole, qui est un vrai banquet, et de la Communion spirituelle. Nous espérons que cette situation passera bientôt, pour revenir à la normale.

Le virtuel, cependant, est aussi de la nourriture, quoiqu’incomplète. Il est pire de se retrouver sans rien”.

Permettez-moi, mes chers amis, de vous dire que chaque jour, quand je célèbre la Sainte Messe, j'ai dans mon cœur et je mets sur l'autel les joies et les espoirs, les peines et les angoisses de vous tous, en particulier des plus pauvres et de ceux qui souffrent (cf. Gaudium et spes, 1).

Prenez patience et n'ayez pas peur !

Dieu est avec nous et nous sortirons victorieux de cette terrible épreuve.

Et que la bénédiction du Dieu tout-puissant,
le Père, le Fils et le Saint-Esprit,
descende sur vous et demeure toujours avec vous.
Amen.

 

Emilio firma

P. Emilio Grasso

 

(Traduit de l’italien par Michele Chiappo)

 

 

30/05/2020

 

Catégorie : Homélies et discours