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Aux fidèles de la paroisse Sagrado Corazón de Jesús d’Ypacaraí (Paraguay)

 

Mes chers amis,

Aujourd’hui, avec la célébration de la solennité de la Pentecôte, le temps pascal s’achève.

Nous avons vécu ce temps sous l’emprise du Coronavirus. Celui-ci, comme je l’ai répété à plusieurs reprises, n’a pas été un temps où la malédiction de Dieu s’est déversée sur nous, mais un temps favorable qui nous a permis d’approfondir notre foi en tant que don de soi à Dieu et aux frères.

La parole de Dieu nous enseigne, dans le livre de l’Ecclésiaste, que différents moments alternent dans la vie de l’homme :

“Il y a un moment pour tout, et un temps pour chaque chose sous le ciel :Homilia 30 05 2020 1

un temps pour donner la vie, et un temps pour mourir ;

un temps pour pleurer, et un temps pour rire ;

un temps pour s’étreindre, et un temps pour s’abstenir ;

un temps pour se taire, et un temps pour parler” (cf. Ec 3, 1-7).

En théologie et dans le Magistère de l’Église, tous les événements qui nous permettent de mieux comprendre les étapes fondamentales de l’histoire de l’humanité sont appelés “signes des temps”.

La fortune de cette expression est due au Pape saint Jean XXIII, qui, avec une force prophétique, en a reproposé la signification originelle.

Dans la Constitution apostolique pour la convocation du Concile Vatican II, le Pape a déclaré :

“Nous conformant aux paroles de Notre Seigneur, qui nous exhorte à reconnaître les signes des temps (Mt 16, 3), nous distinguons au milieu de ces ténèbres épaisses de nombreux indices qui nous semblent annoncer des temps meilleurs pour l’Église et pour le genre humain” (Humanae salutis, 4).

A partir de ce document, d’autres Pontifes ont fréquemment utilisé cette expression, codifiée surtout dans la Constitution pastorale sur l’Église dans le monde moderne, où il est dit que :

“l’Église a le devoir, à tout moment, de scruter les signes des temps et de les interpréter à la lumière de l’Évangile, de telle sorte qu’elle puisse répondre, d’une manière adaptée à chaque génération, aux questions éternelles des hommes sur le sens de la vie présente et future et sur leurs relations réciproques” (Gaudium et spes, 4).

Or, la pandémie du Coronavirus doit être considérée comme un signe des temps, que nous devons être en mesure de scruter à fond et d’interpréter à la lumière de l’Évangile.

Il me semble que cette période de quarantaine nous appelle à un approfondissement de la relation entre parole et sacrement.

Dès le début de l’évangélisation du continent sud-américain, pour des raisons historico-théologiques que nous n’évoquons pas dans cette homélie, la mission de l’Église s’est principalement réduite à la sacramentalisation. Ce qui comptait, pour être chrétiens et entrer au paradis, c’était de recevoir le baptême.

Saint François Xavier écrivait à saint Ignace de Loyola en 1542 et en 1544 :

“Depuis que je suis venu ici, je n’ai pas arrêté : je parcourais activement les villages, je baptisais tous les enfants qui ne l’avaient pas encore été. Homilia 30 05 2020 2Aussi ai-je régénéré un nombre immense de bébés qui, comme on dit, ne savaient pas distinguer leur droite de leur gauche. Quant aux enfants, ils ne me laissaient ni réciter l’office divin, ni manger ni me reposer tant que je ne leur avais pas enseigné une prière.

Aussi, comme je ne pouvais sans impiété repousser une requête aussi pieuse, en commençant par la confession de foi au Père, au Fils et à l’Esprit Saint, je leur inculquais le Symbole des Apôtres, le Pater noster et l’Ave Maria. J’ai remarqué qu’ils étaient très doués ; s’il y avait quelqu’un pour les former à la foi chrétienne, je suis sûr qu’ils deviendraient de très bons chrétiens.

Dans ce pays, quantité de gens ne sont pas chrétiens uniquement parce qu’il n’y a personne aujourd’hui pour en faire des chrétiens. J’ai très souvent eu l’idée de parcourir toutes les universités d’Europe pour hurler partout d’une manière folle et pousser ceux qui ont plus de doctrine que de charité, en leur disant : ‘Hélas, quel nombre énorme d’âmes, exclu du ciel par votre faute, s’engouffre dans l’enfer !’”.

Ceci, saint François Xavier l’écrivait seulement trente ans avant la naissance d’un autre grand saint jésuite, évangélisateur du Paraguay : saint Roque González de Santa Cruz.

Certes, nous ne devons pas juger les actions menées alors avec la mentalité de notre temps. À cette époque-là, la mission était entièrement axée sur la sacramentalisation. On croyait que sans le baptême on irait en enfer.

Dans la Constitution dogmatique sur la Révélation divine, il est dit que

“la Tradition qui vient des Apôtres progresse dans l’Église, sous l’assistance du Saint-Esprit ; en effet, la perception des réalités aussi bien que des paroles transmises s’accroît” (Dei Verbum, 8).

Le Pape François aime répéter cette expression de Gustav Mahler : “La tradition est la garantie de l’avenir et non la conservation des cendres”. “Il s’agit – selon le Pape François – de l’authentique Tradition de l’Église qui n’est pas un dépôt statique ni une pièce de musée, mais la racine d’un arbre qui grandit” (Querida Amazonia, 66).

La pandémie du Coronavirus est sans aucun doute un temps favorable pour approfondir le feu de la Tradition authentique de l’Église, et non pour nous réduire à des gardiens de musée qui tentent de conserver des cendres.

En ces jours, j’ai lu qu’un curé aurait déclaré qu’aujourd’hui, dans notre Paraguay, “le droit à la liberté de culte est entravé” et aurait également affirmé que “le revenu économique des paroisses est lié aux sacrements”.

Dans les réseaux sociaux, ces nouvelles courent. Je souhaite que ce ne soit qu’une fake news.

En tout cas, fake news ou pas, j’aime rappeler les paroles suivantes du Pape François :Homilia 30 05 2020 3

“Le Temple était non seulement le centre religieux, mais aussi un lieu d’échanges économiques et financiers : les prophètes et également Jésus s’étaient plusieurs fois dressés contre cette transformation (cf. Lc 19, 45-46). Combien de fois je pense à cela quand je vois une paroisse où l’on considère que l’argent est plus important que les sacrements ! S’il vous plaît ! L’Église pauvre : demandons cela au Seigneur” (Audience générale, 7 août 2019).

Et demandons au Seigneur de nous rendre pauvres de tout, mais riches, très riches, infiniment riches de Son amour et de notre amour pour Lui.

À l’occasion de la fête patronale de la capilla Santa María Virgen de la Victoria, j’adresse mes salutations les plus chères à tous les fidèles de cette capilla, où nous avons célébré tant de fois la Sainte Messe.

Que la Vierge, guide maternel pour chacun de nous, nous accompagne sur le chemin à la suite de son Fils Jésus et nous offre le don de la victoire du bien sur le mal ! Et que ce don pénètre le cœur de tous ses enfants, toujours unis à son Fils, Notre Seigneur Jésus-Christ !

Et que la bénédiction du Dieu tout-puissant,
le Père, le Fils et le Saint-Esprit,
descende sur vous et demeure toujours avec vous.
Amen.

 

Emilio firmaP. Emilio Grasso

 

(Traduit de l’italien par Michele Chiappo)

 

 

06/06/2020

 

Catégorie : Homélies et discours