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Aux fidèles de la paroisse Sagrado Corazón de Jesús d’Ypacaraí (Paraguay)

 

Mes chers amis,

Depuis le début de cette pandémie du COVID-19, on a insisté partout sur la nécessité de maintenir les normes d’hygiène lesHomilia 32 05 09 2020 1 plus élémentaires.

J’espère que, lorsque nous sortirons de ce tunnel sombre dans lequel nous sommes entrés, nous aurons bien appris quelque chose et que certaines habitudes, nuisibles à notre santé et offensantes pour notre dignité, auront disparu de nos coutumes une fois pour toutes.

Le respect de certaines règles de comportement appartient au savoir vivre avec les autres. Et l’amour, dont nous parlons tous sans cesse, n’est rien d’autre que la capacité de savoir entrer dans une relation correcte avec ceux qui vivent avec nous et avec ceux que nous rencontrons sur le chemin de notre vie.

Il ne sert à rien de faire tant de discours spiritualistes et de réciter tant de chaînes de prières, quand ensuite nous n’utilisons pas la chaîne du WC et que celui qui entre aux toilettes après nous trouve un spectacle indécent. Pauvreté ne signifie pas saleté.

Je me souviens que, dans plusieurs paroisses et institutions religieuses que je fréquentais, après s’être rempli la tête de tant de discours sur l’amour du prochain, sur le respect des autres, sur la sacralité du corps, sur le parfum de Béthanie et sur beaucoup d’autres choses du même genre, si tu entrais dans une salle de bain, tu devais te boucher le nez et prier le Bon Dieu de ne pas attraper une infection.

On commence à compter à partir de zéro, si l’on veut arriver aux nombres supérieurs, sans limites.Homilia 32 05 09 2020 1 IT

Vouloir “tout et tout de suite”, “donnons l’assaut au ciel”, “l’imagination au pouvoir”... et d’autres slogans semblables sont tout de même des choses sympathiques tant qu’elles sont criées un samedi soir de printemps par des jeunes imberbes pour qui, une fois par an, il est permis de faire des folies.

Mais avec des slogans, on ne construit pas la vie.

Et voici que revient le discours éducatif, profondément humain et chrétien, de la sagesse qui consiste à partir des petites choses, à ne pas mépriser ce qui est petit, pauvre, fragile, apparemment insignifiant et sans valeur, en refusant, donc, “la culture du rebut”, comme le dit le Pape François.

Il faut une éducation à la gradualité, à la capacité de faire un discours qui soit traduisible, à différents niveaux, dans notre vie de tous les jours.

Nous devons certes arriver au ciel, mais nous ne devons jamais oublier quelles sont nos conditions réelles de possibilité.

Si nous ne repartons pas du fragment, de ce qui est apparemment inutile, des plus petites choses, des couches qui emmaillotent le bébé et de la cuvette de la toilette que nous devons savoir comment bien utiliser..., n’importe quel discours ne sera qu’un joli petit ballon coloré qui s’envole vers le ciel, mais qui, peu de temps après, se dégonfle et disparaît à jamais.

Partir des “grands problèmes”, en cherchant une solution universelle pour chacun d’entre eux, peut devenir une tentation d’inertie, basée sur l’impression que, de toute façon, rien ne peut être réalisé.Homilia 32 05 09 2020 3

Il est important d’éduquer les gens, et surtout les jeunes, à un amour concret, fait de fidélité aux petites choses, une fidélité parfois tourmentée, insatisfaisante et cachée. Ce sera cette fidélité qui nous permettra, plus tard, d’être crédibles dans la proclamation explicite de l’unique Nom qui sauve.

Sans un changement personnel dans cette direction, n’importe quel rêve révolutionnaire se précipite dans la déception ou dans la tragédie.

Pour le philosophe français Emmanuel Mounier, la leçon de l’acte minimum reste d’une actualité bien vivante.

“La moindre exécution est plus utile que les grands désirs des choses éloignées de notre pouvoir, Dieu désirant plus de nous la fidélité aux petites choses qu’il met en notre pouvoir que l’ardeur aux grandes qui ne dépendent pas de nous. Nous nous amusons quelquefois tant à être bons anges, que nous en laissons d’être bons hommes ou bonnes femmes. Et qu’est-ce que ce désir angélique, sinon la meilleure ruse de l’instinct d’immobilité ?”.

Seule une révolution personnelle qui change sa propre vie, qui commence par se révolutionner soi-même constitue la condition d’une révolution des structures.

Il ne fait aucun doute : il faut avoir le courage de savoir partir des petites choses.Homilia 32 05 09 2020 2

Quand on commence par vouloir changer le monde entier et qu’on méprise le petit fragment, on sait déjà très bien comment cela va se terminer.

C’est du fragment qu’il faut attendre le salut.

Le grand éducateur italien Don Lorenzo Milani disait :

“On ne peut pas aimer tous les hommes. ... De fait, on ne peut aimer qu’un nombre limité de personnes, peut-être quelques dizaines, peut-être quelques centaines. Et puisque l’expérience nous dit que seulement cela est possible à l’homme, il me semble évident que Dieu ne nous demande pas plus”.

De son côté, Antonio Gramsci, l’un des plus grands révolutionnaires du XXème siècle et l’un des fondateurs du Parti communiste italien, le plus grand parti communiste d’Occident, avait écrit dans une lettre à son épouse Giulia :

“Combien de fois je me suis demandé s’il était possible de se lier aux masses sans n’avoir jamais aimé quelqu’un, même pas ses parents, s’il était possible d’aimer une collectivité si l’on n’avait pas profondément aimé des créatures humaines singulières”.

Le Pape François, dans une interview du 18 mars 2020, publiée par le journal italien la Repubblica, a déclaré que

“en ces jours difficiles, nous pouvons redécouvrir les petits gestes concrets de proximité et d’attention envers les personnes qui nous sont les plus proches. Nous devons redécouvrir le caractère concret des petites choses, des petites attentions à avoir envers nos proches, nos parents, nos amis. Et comprendre que dans ces petites choses, il y a notreHomilia 32 05 09 2020 4 trésor. Ce sont des gestes familiers d’attention aux petits détails de chaque jour qui font que la vie ait un sens et qu’il y ait communion et communication entre nous”.

Et je ne peux pas conclure sans rappeler, une fois de plus, que notre salut est au nom de Jésus, même si, bien souvent, nous ne savons même pas qui est Jésus.

Jésus est le Fils de Dieu et aussi le Fils de Marie.

Notre Dieu ne se présente pas sous le signe de la richesse et du pouvoir, mais sous celui de la pauvreté et de la fragilité.

Rien n’est plus pauvre et plus faible qu’un nouveau-né emmailloté dans des couches.

Partir des petites choses : c’est ça la première leçon que nous devons apprendre en ce temps du Coronavirus.

Le plus petit, l’enfant emmailloté dans des couches, est le Fils de Dieu, le Fils de Celui qui nous aime et ne nous abandonne jamais.

Et que la bénédiction du Dieu tout-puissant,
le Père, le Fils et le Saint-Esprit,
descende sur vous et demeure toujours avec vous.
Amen.

 

Emilio firmaP. Emilio Grasso

 

(Traduit de l’espagnol par Michele Chiappo)

 

 

13/09/2020

 

Catégorie : Homélies et discours