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Aux fidèles de la paroisse Sagrado Corazón de Jesús d’Ypacaraí (Paraguay)

 

Mes chers amis,

Le 29 septembre, l’Église célèbre la fête des saints archanges Michel, Gabriel et Raphaël.

Dans le livre de l’Apocalypse on parle d’une guerre qui a éclaté dans le ciel :Homilia 35 25 09 2020 1

“Michel, avec ses anges, dut combattre le Dragon. Le Dragon, lui aussi, combattait avec ses anges, mais il ne fut pas le plus fort ; pour eux désormais, nulle place dans le ciel. Oui, il fut rejeté, le grand Dragon, le Serpent des origines, celui qu’on nomme Diable et Satan, le séducteur du monde entier. Il fut jeté sur la terre, et ses anges furent jetés avec lui” (Ap 12, 7-9).

Pour comprendre ce passage de l’Écriture Sainte, nous devons savoir que le mot “apocalypse” signifie révélation, dévoilement, et que l’“apocalyptique” était une forme de littérature très à la mode au temps de Jésus. C’était un art de décrire des événements contemporains avec des images grandioses, des visions et des anges.

Dans le livre de l’Apocalypse on parle de cieux ouverts, d’anges et de catastrophes, de la corruption de ceux qui trahissent la vérité et du sang des martyrs. Dans ce livre, il est mis en évidence comment le jugement de Dieu traverse toute notre histoire. La gloire de Dieu est à nos côtés, derrière le rideau, et tout débouche dans la cité céleste.

Dans le contexte des premières années de la vie de l’Église, l’auteur de l’Apocalypse élève sa voix donnant l’alarme et met en évidence deux dangers dans l’Église :

  1. L’un externe, qui exigeait une sorte de sacralisation de la mentalité et des coutumes qui prévalaient à l’époque. Nous pourrions dire, en utilisant d’autres catégories, qu’il s’agissait du danger toujours présent de s’agenouiller devant le monde et de faire ce que tout le monde fait : à savoir, être esclave des modes de l’époque.
  2. L’autre interne, qui consistait en une forme de prostitution ecclésiale. À cet égard, je cite les paroles de Benoît XVI : “Parler pour susciter les applaudissements, parler en fonction de ce que les hommes veulent entendre, parler en obéissant à la dictature des opinions communes, cela est considéré comme une sorte de prostitution de la parole et de l’âme”.

La signification profonde de l’archange Michel est liée à l’Incarnation du Fils de Dieu.Homilia 35 25 09 2020 3

Nous devons revenir aux paroles du Prologue de l’Évangile selon Jean : “Et le Verbe s’est fait chair”, qui ont scandalisé les anges qui se sont rebellés contre Dieu et ont été combattus et vaincus par Michel et les siens.

Cette bataille dans le ciel contre le Diable ou Satan se poursuit sur la terre, car Satan a été jeté sur la terre et ses anges avec lui. Et la bataille contre lui est la même que celle qui a été menée dans le ciel et qui a pour centre la négation de l’Incarnation.

De la part de Satan et de ceux qui le suivent, l’on veut un christianisme pur, angélique, sans le scandale de l’Incarnation.

Au fond de la question, revient la célèbre affirmation du philosophe français du XVIIe siècle Blaise Pascal : “L’homme n’est ni ange ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l’ange fait la bête”.

En ce temps du Coronavirus, l’ancienne hérésie docète semble de retour, par laquelle l’humanité du Seigneur Jésus-Christ était en fait niée.

Cette manière de tout réduire à la prière et à l’invocation du saint nom de Dieu, niant la collaboration de l’homme qui, pour cette raison, continue à vivre paisible, méconnaissant les mesures de sécurité les plus élémentaires ; cette attente continue que d’en haut tombent des miracles, tandis que la pratique des cercles de tereré se poursuit, évidemment en utilisant tous la même paille, et que des agglomérations de centaines et de centaines de personnes se font le même jour où l’on déclare que les unités de soins intensifs des centres hospitaliers publics sont débordées... ; ce déni de la véritable humanité, qui est mémoire, intelligence, volonté et action qui transforme le monde, signifie le déni de l’Incarnation de Dieu.

Nous ne devons jamais oublier, surtout en ce temps de terrible pandémie, qu’avec la venue du Christ nous ne trouvons plus l’Éternel hors du temps, Dieu hors de l’homme.Homilia 35 25 09 2020 2

C’est précisément dans le refus de l’Incarnation que Matthias Joseph Scheeben, grand théologien du XIXe siècle, voit le noyau du péché de Satan.

Il écrit que les anges auraient dû adorer comme leur Dieu le Fils de l’homme qui se présentait à eux dans la nature humaine et, ce qui plus est, reconnaître et honorer dans un sujet à la nature humaine, dans un homme, la source de grâce et de gloire qui leur était réservée. C’était, bien sûr, une sorte d’humiliation pour les anges. Ils auraient dû endurer que le Fils unique de Dieu, qui en tant que premier-né de toutes les créatures voulait leur communiquer sa dignité divine, ne prenne pas sa demeure parmi eux, qu’il érige son trône de grâce dans la nature humaine bien inférieure, et de là envoie à eux aussi les rayons de sa divine splendeur.

Dire que Dieu nous intéresse, alors que notre cœur ne bat pas, jusqu’aux extrémités de la terre, pour la chair et le sang de Dieu qui se présente à nous dans la chair et le sang d’hommes concrets, signifie que nous appelons dieu les fantasmes créés par nos névroses.

C’est ainsi que, tout en gardant dans nos mains tant de petits rosaires et toutes les images sacrées que nous voulons, nous devenons des adorateurs d’idoles qui, comme le dit le Psalmiste, ont des mains et ne touchent pas, des yeux et ne voient pas, une bouche et ne parlent pas, des oreilles et n’entendent pas, des pieds qui ne bougent pas (cf. Ps 115, 5-7) pour courir annoncer à tout le peuple que Dieu, en Jésus Christ, s’est fait homme. Car il n’est pas possible de rencontrer le Dieu de Jésus-Christ, si l’on ne veut pas passer par la porte étroite qui est celle de sa volonté, et non par celle d’une vision désincarnée, faussement angélique, étrangère aux “joies et aux espoirs, aux tristesses et aux angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent” (Gaudium et spes, 1).

 

Separador de poemas

 

Homilia 35 25 09 2020 4esÀ l’occasion de la fête de saint Michel archange, j’envoie mon salut et mon remerciement, pour le travail humble et difficile qu’ils accomplissent, à Mme María Concepción Espínola, veuve Duré, coordinatrice de la capilla San Miguel Arcángel de la compañía Jhugua Jhú ; à M. Ramón Salinas Vera, coordinateur de la capilla San Miguel Arcángel de la compañía Arroyo Estrella ; et à toute la grande famille Centurión du quartier San Blas d’Ypacaraí, qui traditionnellement renouvelle, en ce jour, ses promesses de fidélité et d’amour au Seigneur par l’intermédiaire de saint Michel archange. Notre ami Casimir, bien-aimé et inoubliable, ne manque pas parmi eux, par le biais de notre foi dans la communion des saints et dans la vie éternelle.

Et que la bénédiction du Dieu tout-puissant,
le Père, le Fils et le Saint-Esprit,
descende sur vous et demeure toujours avec vous.
Amen.

 

Emilio firmaP. Emilio Grasso

 

(Traduit de l’italien par Michele Chiappo)

 

 

24/10/2020

 

Catégorie : Homélies et discours