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Mon ami très cher,

Ce que tu m'as dit l'autre jour m'a fortement touché. Avec ton visage marqué toujours par un sourire qui cache une profonde tristesse, tu m'as raconté ton histoire.

Il y avait exactement quinze ans ce soir-là, me disais-tu, que ton père, sans te dire un mot et te faire une caresse, avait quitté pour toujours la maison où tu vivais et s'en était allé vivre avec une autre femme. Depuis lors, il y a un autre homme à la maison, avec toi, ta maman et tes sœurs, un homme que tu n'as jamais réussi à appeler papa.

Tu vis, dès l'âge de quatre ans, ce qui pour toi est un drame et qui te rend une personne dédoublée : toujours jovial et gai à l'apparence, mais triste et plein de rancune dans le cœur.

Tu voyais ton futur, m'as-tu dit, comme l'entrée dans un tunnel obscur sans issue.

Je t'ai écouté en grand silence et j'ai pensé à tes parents, sans juger personne, car le mystère du cœur de l'homme est tellement profond que personne, même pas le sujet en question, ne réussit à le pénétrer.

L'amour est une aventure

La parole, c'est ce que nous avons de plus sacré. Dans notre liberté nous pouvons dire oui et nous pouvons aussi dire non. Mais une fois que nous avons librement exprimé notre volonté, tout notre être se trouve dans cette parole.

Oui c'est oui. Non c'est non. C'est ce que dit l'Évangile. Et le oui, comme celui d'Abraham ou de Marie, renferme à l'avance toutes les conséquences de l'entrée dans l'aventure de l'amour.

Ou bien l'amour est une aventure ou tout simplement il n'est pas l'amour. Dans les choix fondamentaux, l'amour engage la vie entière.

Lorsque le Seigneur appelle Abraham (cf. Gn 12, 1), il utilise, d'un côté, un verbe à l'impératif : "Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père", et de l'autre un verbe au futur : "Vers le pays que je te montrerai".

C'est cet espace vide existant entre l'impératif et le futur, qui est l'espace et le temps de l'aventure de la foi.

Dans sa signification étymologique, le mot aventure veut dire "ce qui arrivera".

Dans le oui que nous prononçons il y a donc tout l'espace et tout le temps que, par notre fidélité, nous devons remplir, en acceptant d'avance tout ce qui arrivera et sans plus revenir au passé.

Un cordon ombilical à couper

Vois-tu, très cher ami, il y a un point qui doit être bien clair pour toi et qu'avec courage tu dois affronter. Il y a quelque chose que tu dois couper si tu ne veux pas être toute ta vie un homme triste, lié à un passé qui n'est pas le tien et incapable, par conséquent, de bâtir une vie qui soit à toi.

Ce n'est pas toi qui as prononcé un jour ce oui dont nous avons parlé. Il peut appartenir à ta nature, il n'appartient certainement pas à ta liberté unique, originale, irremplaçable ; liberté de déterminer toi-même ton propre destin et de ne pas devenir un accessoire insignifiant d'autrui.

Si tu veux te sauver et vivre ton aventure personnelle d'homme et de croyant, le moment est arrivé, pour toi, de couper finalement le cordon ombilical qui te renferme enveloppé dans le placenta d'un passé qui est mort.

"Il n’y a pas d’avenir sans mémoire" – nous a répété tant de fois saint Jean-Paul II.

Mais la mémoire, prends bien garde, est pour l'avenir et non pour devenir prisonniers du passé et y emprisonner d’autres. Voilà pourquoi nous devons nous rappeler aussi qu'"il n'y a pas d'avenir sans pardon".

Que personne ne nous vole l'espérance

Il y a des années, j'ai vu un très beau film qui reprend, de manière romancée, l'histoire de la naissance de la République d'Irlande. Un groupe de jeunes opposants, dont Michael Collins est le chef militaire, mène des actions de résistance contre le gouvernement anglais en Irlande. De Valera est le chef de l'aile politique.

Après diverses vicissitudes et attentats sanglants, les Anglais accordent le début d'une négociation à Londres où est envoyée une délégation conduite par Collins. Après de multiples et inutiles tentatives, Collins est obligé à accepter un accord.

La faction contrôlée par De Valera retire alors ses représentants, commençant ainsi une guerre civile à laquelle Collins essaya en vain de s'opposer de toutes les manières. Il mourra tué dans son comté de Cork alors qu'il essaye de rencontrer son ex-chef De Valera pour mettre un terme à la guerre.

Le film est intéressant et passionnant. De tout le film, ce qui m'a le plus touché c'est une phrase lancée par Michael Collins à ceux qui, au nom d'une mémoire qui ne se projette pas vers l'avenir, vous emprisonnent dans un passé de vengeances, de sang et de mort, sans espérance.

"Donnez-nous notre avenir – crie Michael Collins –, nous en avons assez de votre passé".

Avec force, le Pape François a dit maintes fois aux jeunes du monde entier : "Ne vous laissez pas voler l'espérance".

Réapproprie-toi ton avenir, mon très cher ami.

Aies-en marre de notre passé. Tu en as tout le droit.

Et ne laisse personne voler ton espérance.

 

Emilio Grasso

 

 

 

07/06/2014

 

Catégorie : Lettres