Entretien avec le Père Martial Bidoung Mvodo
La vie et le profil spirituel de Jean-Thierry Ebogo ont été présentés lors de quelques rassemblements de jeunes camerounais, suscitant beaucoup d’intérêt. Dans la seconde partie de notre entretien avec le Père Martial Bidoung Mvodo, nous avons voulu approfondir la réception de son message par les jeunes en vue aussi d’une nouvelle évangélisation en Europe.
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- Comment les jeunes catholiques accueillent son témoignage : quels en sont les aspects les plus importants pour eux ? Comment Jean-Thierry “parcourt les cœurs des jeunes” de son pays, comme il l’avait souhaité lui-même ?
C’est avec enthousiasme, émerveillement, joie et reconnaissance que les jeunes accueillent son témoignage. La
contemporanéité du témoignage de Jean-Thierry le rend proche des jeunes et des expériences qu’ils vivent dans leur quotidien. Étant un africain, ils le considèrent comme une figure plus parlante qui leur montre qu’il est possible de vivre l’Évangile dans notre contexte et dans notre culture.
D’ailleurs, les lieux géographiques qu’il a fréquentés et dans lesquels il a séjourné leur sont tous familiers : Nkongsamba, Bamenda, Yaoundé, Maroua, Guider, Monatélé, Awae… Jean-Thierry leur est aussi proche dans le temps, étant retourné au Père le 5 janvier 2006, il y a juste dix-neuf ans. La plupart des témoins sont encore vivants. Beaucoup témoignent que justement sa vie leur montre que la sainteté est possible ici et aujourd’hui.
Je voudrais souligner certains éléments récurrents lorsqu’ils parlent de Jean-Thierry :
- la grande discipline dans ses études et de sa vie en général avec au centre Dieu ;
- sa joie à toute épreuve ;
- la leçon de foi qu’il leur transmet en montrant que la sainteté n’est pas l’apanage de certains, d’une élite, mais de tous et donc aussi des jeunes ;
- son assomption de la souffrance avec joie pour l’intégrer dans le plan de l’histoire sainte que le Seigneur écrivait sur les chemins sinueux de sa maladie ;
- sa fidélité au Christ, sans récrimination, sans aller chercher des solutions miracles en dehors de Lui.

Jean-Thierry parcourt le cœur des jeunes camerounais et camerounaises à travers ses écrits. Selon la lettre motivée des évêques du Cameroun au Saint Père pour l’introduction de sa cause de béatification, ses écrits “parlent aussi au cœur des fidèles, car ils savent traduire la Tradition séculaire de l’Église dans un langage actuel rejoignant notre culture et notre tradition”.
Cet “apôtre étonnant de la joie” parcourt aussi les cœurs de ses jeunes concitoyens par sa poésie qui sait ouvrir les cœurs – affirment encore les évêques du Cameroun – par son langage symbolique fort ouvert au mystère de Dieu.
Mais c’est surtout par sa vie concrète devenue si riche en expériences humaines et spirituelles, qu’il parcourt le plus les cœurs de ses frères et sœurs en les invitant à la suite du prophète Isaïe : “Venez, montons à la montagne du Seigneur” (Is 2, 3).
- Quel est l’apport qu’il a donné à la mission en Italie, quels sont les points les plus importants des témoignages des amis de Jean-Thierry qui l’ont connu en Italie ?
Jean-Thierry a contribué à renforcer la qualité du témoignage chrétien et religieux de la province. En témoignent la grande mobilisation et le grand intérêt que tout l’archidiocèse de Milan avait portés à son procès de béatification avec à sa tête, à cette époque-là, le Cardinal Mgr Angelo Scola qu’accompagnait Mgr Ennio Apeciti, juge ecclésiastique venu personnellement au Cameroun pour des besoins d’enquêtes. Mais au-delà de l’archidiocèse de Milan, il y a toute l’attention que la Conférence épiscopale italienne porte à la figure de Jean-Thierry. Cette attention étant manifeste par l’accord qu’elle a donné pour l’ouverture de son procès diocésain de béatification et de canonisation.
Pour ceux et celles qui l’ont connu, aussi bien à l’hôpital que dans les couvents où il est passé, l’unanimité des témoignages est significative : Jean-Thierry est considéré comme un jeune carme camerounais joyeux et saint dont le passage n’a pas été vain sur la terre. Sa sainteté, soulignent-ils, avait été préparée dans le cadre familial et donc par ses parents.
- Quels aspects souligneriez-vous à ce propos pour la nouvelle évangélisation en Europe et pour des lecteurs d’autres horizons ?
En dernière analyse, il nous semble que le binôme “Ami-Amitié” résume l’horizon d’interprétation de la vie et de l’expérience de Jean-Thierry. Un horizon d’amitié que Dieu offre aux hommes et que ces derniers sont appelés à entretenir avec Lui et entre eux.
Jean-Thierry a su se faire l’ami de tous, voyant, comme l’affirme Emmanuel Lévinas, sur les nombreux visages que la Providence lui donnait de rencontrer, “la trace de Dieu dans l’histoire”.
Je n’oublierai jamais son amitié envers moi, sa générosité manifestée en me prodiguant des conseils pour préparer mon baccalauréat, dernière étape avant d’entrer en Communauté. Cela m’aida à m’engager à fond, à surmonter les difficultés et à réussir mon examen avec mention. Et à me mettre donc au service du Seigneur.
Par sa vie brève, mais riche en expériences spirituelles, il remet au goût du jour l’utopique fraternité universelle en montrant la voie par laquelle celle-ci peut être réalisable aujourd’hui : par le Christ, avec Lui et en Lui.
Or, aucune nouvelle évangélisation ne sera possible en dehors de la redécouverte de la fraternité universelle qui a sa
terre promise dans le Christ, premier-né d’une multitude de frères et de sœurs. Certaines affirmations de la Constitution dogmatique sur la Parole de Dieu, Dei Verbum (DV) trouvent un terrain de bonne espérance dans l’expérience de Jean-Thierry. Cette Constitution dogmatique en effet fait observer qu’à travers la révélation par le Christ dans l’Esprit, Dieu s’adresse aux hommes comme à des amis, et converse avec eux pour les inviter à entrer en communion avec Lui et les recevoir en cette communion (cf. DV 2).
L’expérience de Jean-Thierry permet à l’humanité de ce temps de redécouvrir que l’intériorité de l’homme est un trésor habité par Dieu. Pour lui en effet, quand tous les liens qui attachent l’homme à son réseau centrifuge sont rompus (les apparences extérieures, la recherche effrénée de l’image ou de la fonction sociale…), alors l’homme est remis à lui-même. Dès lors, il peut découvrir toute l’essence de son bonheur jusque-là inexploré à l’intérieur de lui-même. Pour illustrer ce point, lisons ce texte étonnant de Jean-Thierry, daté du 31 mai 2005, deux mois avant son évacuation sanitaire en Italie. C’est un texte que seuls les saints sont capables d’écrire en toute vérité :
Quand le chemin se brouille
Par ailleurs, il nous semble que la vie et l’expérience de Jean-Thierry rejoignent fort à propos les préoccupations les plus actuelles de l’humanité de ce temps-ci, notamment les jeunes de toutes langues, peuples et nations. Car, l’humanité du XXIe siècle écoute plus volontiers la parole des témoins que celle des théoriciens. Or l’expérience humaine, spirituelle et
même mystique du Serviteur de Dieu, le Fr. Jean-Thierry Ebogo de l’Enfant Jésus et de la Passion, loin d’être le fruit d’une réflexion abstraite et coupée de la vie, se veut davantage un enseignement de type testimonial, enraciné dans une expérience personnelle dont la richesse et l’authenticité sont susceptibles de stimuler et de parler aujourd’hui à tous.
- Merci de tout cœur, Père Martial, pour ce riche partage.
Je voudrais de ma part vous remercier finalement de tout cœur, vous et votre Communauté Redemptor hominis, au nom de toute la Délégation des Carmes déchaux du Cameroun pour le grand intérêt que vous portez à la divulgation de la vie de Jean-Thierry.
Le Carmel thérésien et l’Église particulière du Cameroun présentent en effet à l’Église universelle et à l’humanité tout entière cette figure-témoin et phare de la foi, comme un don reçu et à partager.
(Propos recueillis par Antonietta Cipollini)
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[1] Fr. Jean-Thierry de l’Enfant-Jésus et de la Passion (1982-2006). Extraits des Manuscrits et Lettres, Éd. Ordre des Carmes Déchaux, Yaoundé 2016, 112-113.
27/05/2025