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Aux fidèles de la paroisse Sagrado Corazón de Jesús d’Ypacaraí (Paraguay)

 

Mes chers amis,

Nous sommes encore dans le terrible tunnel de la pandémie du COVID-19 et l’on ne voit toujours pas de lumière au bout de ce tunnel.Homilia 63 01 05 2021 1 fra

La pandémie, comme je l’ai répété d’innombrables fois, a mis à nu toute notre vie personnelle et sociale.

Seuls les idiots peuvent penser que tout redeviendra comme avant.

J’utilise ici le mot idiot dans son sens commun, comme synonyme de stupide.

Cependant ce terme, qui dérive du grec, désignait dans son sens étymologique une personne qui se consacrait uniquement à ses propres affaires, au privé, et non à la vie publique, à ce qui était commun. On attendait du citoyen qu’il participe à la politique, et celui qui ne le faisait pas était alors l’idiot, qui ne se préoccupait que de ce qui lui appartenait et non de la chose publique et, pour cette raison, n’était pas tenu en estime.

Or, nous devons constater, malheureusement, que la pandémie a mis en évidence la misère éthique et intellectuelle de notre politique au Paraguay.

Nous sommes appelés à ne pas abandonner la politique aux mains des démagogues ou des idiots, au sens étymologique du terme, c’est-à-dire à ceux qui ne regardent que dans le sens particulier et qui, par conséquent, sont ennemis de tous et amis seulement d’eux-mêmes.

Nous devons réfléchir à ce que sera la politique au Paraguay lorsque nous sortirons du tunnel de la pandémie.

Ne pas penser à la politique et se désintéresser des grands problèmes du pays signifie ne penser qu’à soi-même, penser comme les idiots, c’est-à-dire comme ceux qui rejettent et ne voient même pas leurs frères, surtout les plus démunis.

Je n’ai jamais partagé la pensée et la façon de parler de ceux qui sont toujours contre les politiciens et ne se demandent jamais honnêtement quelle formation spirituelle et théologique nous avons donnée aux nombreux jeunes qui sont passés par nos collèges, nos paroisses, nos capillas et nos cours de formation.Homilia 63 01 05 2021 2

Le drame, notre drame, c’est que nous avons séparé ou mélangé ce que nous aurions dû garder distinct : nous avons séparé le divin de l’humain, qui dans le Fils de Dieu fait Homme se sont unis, tout en restant distincts, mais non séparés ou mélangés.

Nous devons avoir le courage de dire que cette classe dirigeante, pour la plupart, vient de nos propres entrailles et nous devons savoir assumer nos responsabilités pour avoir nourri leur soif et leur faim de Dieu avec tant de dévotions et de pratiques pseudo-religieuses, sans fondement biblique et théologique.

Un problème qui se posera dans une nouvelle vision politique, qui surmonte la vision qui n’est que larcin, poursuite du pouvoir pour le pouvoir et l’enrichissement personnel, sera celui de la douceur comme vertu des forts.

Dans un e-mail adressé au journaliste radiophonique argentin Alfredo Leuco, le Pape François a écrit que la douceur, parfois, dans l’imaginaire collectif se confond avec la pusillanimité. Au contraire, elle est la vertu des forts et demeure unie à la patience et à l’écoute.

Ce bref texte du Pape François nous appelle à réfléchir sur une politique qui est devenue spectacle, agression, ruse, interruption et cris qui étouffent la voix de celui qui exprime une opinion contraire ; incapacité de voir l’autre comme un adversaire qui soutient des idées différentes et non comme un ennemi à diaboliser et à détruire ; temps où on a remplacé par le sloganHomilia 63 01 05 2021 3 divulgué à grand bruit le raisonnement paisible et à la parole qui s’adresse à l’intelligence, avec des argumentations rationnelles fondées sur des données certaines et des programmes réalisables, on s’y oppose seulement avec la mise en branle de sentiments trompeurs qui réveillent les instincts les moins nobles et les moins honnêtes de l’homme ; temps de renversement des valeurs où tout se fonde sur la “légèreté de l’être”, de manière que les affirmations prononcées en jurant ses grands dieux se retrouvent renversées dans les plus brefs délais, selon les avantages et les intérêts partisans du moment...

À cet égard, il convient de rappeler la conception du philosophe et politologue allemand Carl Schmitt, qui trouve un écho renouvelé dans divers milieux, selon laquelle

“l’opposition politique est la plus intense et la plus extrême de toutes, et n’importe quelle autre opposition concrète est d’autant plus politique qu’elle s’approche du point extrême, celui du regroupement sur la base des concepts ‘ami-ennemi’”.

Face à tout cela, le Pape, dans l’e-mail adressé au journaliste Alfredo Leuco, réaffirme que le ton serein manifeste la volonté de se confronter ouvertement et que le désaccord s’exprime pacifiquement, avec fluidité.

Aujourd’hui, on voit très peu de politique. De la douceur et de la docilité, on s’épuise à en chercher même l’ombre.

Ces caractères de douceur, patience, capacité d’écoute, qui constituent la vertu des forts, ne peuvent être absents du cœur de ces catholiques qui, sous leur propre responsabilité et sans se servir de l’Église ou en s’engageant en son nom, agissent dans le domaine politique.

En ce moment, je me souviens d’une pensée de Luigi Sturzo, l’un des plus grands hommes politiques du siècle dernier, qui a contribué de manière décisive à la prise de conscience de la participation politique des catholiques italiens.

Sturzo écrivait à ce propos :

“Il faut toujours avoir à l’esprit l’objectif de ne pas pousser la lutte politique jusqu’au bout pour la destruction de l’adversaire, de ne pas rendre impossible l’entente avec les partis avec lesquels on se bat, de ne jamais couper les pontsHomilia 63 01 05 2021 4 sur le terrain électoral et parlementaire. L’énorme erreur de réduire le pays à deux blocs fixes et fermés pour l’élimination du concurrent doit être bannie avec tous les soins”.

Et Alcide De Gasperi, le Président de la reconstruction de l’Italie après la défaite de la Seconde Guerre mondiale, écrivait dans un article :

“Personne ne pense que la réforme doit commencer par lui-même, que cette vague de renouvellement social doit partir de lui aussi, que si la société atteint de meilleurs rivages, ce sera parce que l’individu, chacun pour son compte, aura déployé ses ailes et pris son envol sans attendre les autres”.

Que le cœur de chacun d’entre nous et notre intelligence éclairée contribuent à ce que tous vivent la dimension politique de l’homme, comme une dimension d’intérêt pour la construction d’un monde plus humain, image de la cité divine vers laquelle nous sommes tous en marche !

Et que la bénédiction du Dieu tout-puissant,
le Père, le Fils et le Saint-Esprit,
descende sur vous et demeure toujours avec vous.
Amen.

 

Emilio firmaP. Emilio Grasso

 

(Traduit de l’espagnol par Michele Chiappo)

 

 

08/05/2021

 

Catégorie : Homélies et discours