Les jeunes et la question vocationnelle
Dans un contexte social comme celui où nous vivons, avec son cortège de problèmes : pauvreté, éducation précaire, chômage des jeunes, manque de perspectives viables pour l’avenir, le temps de la jeunesse est un temps “fort”, favorable à la prise de ces décisions fondamentales qui déterminent la vie. Les jeunes doivent comprendre l’importance qu’il y a à considérer avec responsabilité le kairós – le temps propice – propre à leur situation[1].
La question vocationnelle
Pendant ce temps, on est appelé particulièrement à découvrir sa propre vocation, l’appel du Seigneur indiquant à chacun un chemin sur lequel orienter les choix de son existence. En fait, ce n’est qu’en lui répondant qu’on peut trouver sa propre réalisation authentique.
Cet appel peut être refusé ou bien ignoré simplement, parce qu’on se laisse vivre superficiellement, sans approfondir dans son propre cœur les raisons qui permettent de le découvrir. Et si l’on n’est pas en mesure d’entendre la voix de sa conscience éclairée par la parole du Seigneur, la vie est facilement réduite à une répétition monotone de gestes anonymes, qui finissent par nous ennuyer et nous décevoir et, là, le vrai sens de l’existence nous échappe.
Souvent, c’est cette condition qui amène les jeunes à multiplier leurs expériences, à changer constamment ; mais en restant dans la même logique immuable, le changement produit les mêmes déceptions provoquant une tristesse qui se perpétue sans aucune nouveauté.
Les jeunes tentent d’échapper à l’ennui de la vie en recherchant de nouvelles sensations, peut-être dans les discothèques, dans les grands rassemblements, parfois dans le tunnel de la drogue ou dans l’exercice d’une sexualité sans contrôle ni responsabilité, en changeant continuellement de partenaires, croyant trouver de nouvelles émotions qui n’aboutissent qu’à la même monotonie. Drôle de cercle vicieux !
On ne trouve pas la joie et la nouveauté de la vie, si l’on ne rencontre pas l’auteur même de la vie. Ceux qui ne mettent pas en Dieu le fondement de leur existence, vivent sans nouveauté, parce que celle-ci se trouve seulement dans la Parole créatrice du Seigneur, si nous acceptons de l’accomplir.
Ne pas avoir peur de rêver
S’adressant aux jeunes d’Amérique latine, saint Jean-Paul II a parlé, avec un grand élan, de la vie comme la réalisation d’un rêve de jeunesse[2], reprenant une expression utilisée par un autre pape, saint Jean XXIII, qui, accédant à la papauté à un âge avancé, n’a pas eu peur d’ouvrir les portes de l’Église au monde et les portes du monde à l’Église, traçant un chemin que ses successeurs ont continué à parcourir.
Afin que la vie puisse être l’accomplissement d’un rêve de jeunesse, il faut toutefois que les jeunes aient dans leur cœur ce “rêve”, grand et merveilleux, pour lequel il vaut la peine de dépenser la seule vie que nous ayons.
Les jeunes doivent avoir le courage d’ouvrir le cœur et l’esprit à l’infini, aux extrémités de la terre ; l’horizon de la vie, en effet, n’est pas seulement l’école qu’on fréquente, la paroisse où l’on vit ou le diocèse auquel on appartient, mais c’est le monde entier qui nous interpelle, pas seulement celui d’aujourd’hui, mais aussi celui d’hier et de demain.
Dieu nous a donné un cœur grand, capable de réalisations qui peuvent donner un véritable sens à notre vie et que les jeunes doivent oser mettre en œuvre.
Il est très triste de voir, parfois, comment on peut “brûler” son existence en quelques minutes, par des choix erronés qui marquent irrémédiablement l’avenir. Lorsqu’une fille de quinze, seize ans fait ses expériences sexuelles en se donnant sans discernement ni dignité au premier qui l’approche, elle a “nivelé” son horizon ; beaucoup de choix lui seront à jamais interdits. Nous pouvons le constater tous les jours : la jeune fille devra s’occuper des enfants et assurer leur existence alors que leur père est porté disparu ; elle devra assumer les conséquences de son acte, en interrompant souvent ses études. Devenue une charge pour sa famille, celle-ci sera obligée de faire face à la situation.
Le temps de la jeunesse exige par conséquent de tenir compte du fait que les actes posés et les choix effectués, consciemment ou non, vont déterminer l’avenir, le plus souvent sans possibilité de retour en arrière.
Ne pas brader sa conscience
Si les jeunes refusent, pendant le temps qui leur est donné (et souvent au prix du sacrifice des parents), d’assumer leurs responsabilités, s’ils refusent par exemple de s’engager dans les études, préférant plutôt consacrer leur temps et leur attention à des choses sans valeur, le moment venu, la vie ne le leur pardonnera pas. Combien de jeunes qui ne se sont pas préparés finissent par vendre, pour un peu d’argent, leur intelligence et leur conscience à qui est prêt à les acheter à bas prix !
Nous ne pouvons pas vendre notre conscience, elle nous appartient. Dieu parle à notre conscience, en nous demandant de l’accueillir librement ; il ne veut pas nous imposer ses propositions. Le Seigneur ne nous “achète” pas ; il est mort et a versé son sang pour nous libérer et pour nous gagner à la liberté.
Pour cela, le rêve qui doit animer la vie d’un jeune doit être grand, noble, quelque chose pour lequel il vaut la peine de dépenser sa propre existence. Il en est de même de l’amour de son pays lequel requiert un engagement pour le développement : que l’on n’ait plus, par exemple, à respirer de l’air pollué ou à utiliser de l’eau insalubre ! Il en va de même de la nécessité de léguer aux générations futures des réalisations importantes, de marquer l’avenir grâce à une présence qui aura su transmettre un héritage de pensée, d’amour, d’engagement responsable.
Il est très important que les jeunes développent une capacité à penser, à ne pas se laisser abuser par de faux slogans ; l’âge des jeunes est propice pour approfondir, étudier, se confronter avec l’histoire, en rejetant toute forme de mythes sans fondement, et en développant une pensée critique face à la réalité, au monde et à ses valeurs.
La conquête de la liberté
Au fond, beaucoup de jeunes continuent tristement leur vie monotone, car ils ne veulent pas payer le prix nécessaire pour vivre la vraie liberté, pour donner “réponse” à l’appel vocationnel, que souvent ils ne perçoivent pas, étant absorbés dans une existence superficielle et anonyme.
La liberté appartient à l’homme, mais elle est aussi le résultat d’une conquête. Souvent, nous pensons que nous sommes libres, alors que nous sommes esclaves de beaucoup de choses, des modes, des comportements, de ce que nous voyons dans les journaux, à la télévision, des slogans du moment. Et si nous ne savons pas réfléchir, raisonner, appliquer notre intelligence pour qu’elle dirige notre liberté, nous finissons par être esclaves de tout et asservis à tout.
La liberté doit toujours être conquise de nouveau, par tout homme et par chaque génération, et les décisions ne sont jamais simplement déjà prises pour nous, par d’autres.
Pour cette raison, avec la capacité de rêver et d’ouvrir le cœur, il faut également un engagement pour atteindre et rendre réelles ses aspirations ; cela exige des sacrifices, un combat, une fatigue sans laquelle la réalisation du rêve ne serait pas une véritable conquête, mais quelque chose qui serait offert à bon marché et ôté avec la même facilité.
L’Église voit dans les jeunes une grande force innovatrice. Les jeunes avec leurs rêves, leur passion, leur enthousiasme, leurs luttes, peuvent constituer la force qui renouvelle la société et la communauté ecclésiale. Ils sont aussi le symbole de l’Église appelée à se renouveler constamment. En fait, si la foi est toujours la même pour toutes les générations, le langage par lequel elle est communiquée change, puisque les temps changent et exigent une actualisation permanente.
L’Église ne se lasse pas d’inviter les jeunes à découvrir leur propre vocation et à la vivre avec courage, comme expression du rêve qu’ils ont été capables de transformer en réalité.
(Rédigé par Silvia Recchi)
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[1] Texte rédigé par Silvia Recchi à partir d’une homélie du père Emilio Grasso, adressée aux jeunes de la paroisse Sagrado Corazón de Jesús d’Ypacaraí.
[2] Cf. Jean-Paul II, Rencontre avec les jeunes au stade olympique “Atahualpa” (30 janvier 1985).
20/02/2025