La vocation missionnaire de l’Église aujourd’hui

 

En ces temps troublés où l’humanité semble traverser un hiver de l’histoire, le Message du Pape François pour la 99ᵉ Journée Mondiale des Missions résonne comme un appel ardent à l’espérance. Dernier texte missionnaire de son pontificat, il prend la forme d’un testament spirituel, enraciné dans l’Évangile et dans son exhortation apostolique Evangelii gaudium.

Le Message nous invite à marcher sur les traces du Christ, à nous faire proches des pauvres et à devenir “des personnes du printemps” : témoins d’une espérance qui ne déçoit pas, même au cœur des épreuves.

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Le 25 janvier 2025, le Pape François adressa à tous les fidèles un Message à l’occasion de la 99ᵉ Journée Mondiale des Missions, qui se tiendra le 19 octobre prochain, intitulé : “Missionnaire d’espérance parmi les peuples”[1].

Nous retrouvons dans ce Message les lignes directrices de sa première exhortation apostolique Evangelii gaudium, abondamment citée dans le texte, notamment l’invitation à être proches des plus démunis, mais avec un accent spirituel plus prononcé, en lien également avec le cadre jubilaire. C’est dans cette disposition plus intérieure et spirituelle que nous souhaitons lire quelques points de ce Message. Celui-ci s’articule, en effet, autour de trois axes majeurs.

Marcher sur les traces de Jésus-Christ

Tout d’abord, dans le Message, il y a l’invitation à marcher sur les traces de la personne de Jésus-Christ qui est le Missionnaire de l’espérance, par excellence.

C’est Jésus-Christ qui a inauguré dans la synagogue de Nazareth le Jubilé, “l’année de grâce du Seigneur” pour toute l’humanité (cf. Lc 4, 16-21) (cf. Message, n. 1).

“Dans cet ‘aujourd’hui’ mystique qui dure jusqu’à la fin du monde, le Christ est l’accomplissement du salut pour tous, en particulier pour ceux dont l’unique espérance est Dieu. Dans sa vie terrestre, il ‘passait en faisant le bien et en guérissant tous’ du mal et du Malin (cf. Ac 10, 38), redonnant l’espérance en Dieu aux nécessiteux et au peuple. … Il est ainsi devenu le divin Missionnaire de l’espérance, le modèle suprême de ceux qui, au cours des siècles, portent en avant la mission reçue de Dieu, même dans des épreuves extrêmes” (Message, n. 1).

Le Pape a invité donc tout missionnaire et tout chrétien à se plonger dans cet “aujourd’hui mystique” de la mission de Jésus Christ, à se tourner vers Lui.

La mission s’inscrit dans cet horizon et toutes les œuvres qui l’accompagnent sont appelées à manifester ce grand mystère qui est au cœur de l’histoire.

Même dans les épreuves extrêmes qui peuvent accompagner la mission, nous sommes appelés à ne pas perdre l’espérance. Le Christ, en effet, a vaincu le mal sur la Croix. Pour l’Église, à la suite de son Maître, il n’y a pas de mission sans la Croix ; elle est appelée à vivre les souffrances qu’elle rencontre dans l’espérance de la résurrection.

Proximité avec les plus pauvres dans le “style de Dieu”

La deuxième invitation que le Message adresse aux chrétiens est de porter l'espérance en se mettant au service des plus démunis, en partageant leurs joies et leurs souffrances.

Il s’agit là d’un thème particulièrement cher au Pape François : la proximité avec les plus pauvres, afin d’être la caresse, la tendresse de Dieu pour ceux qui souffrent.

Tout en soulignant que l’horizon de notre espérance “dépasse les réalités mondaines passagères et s’ouvre aux réalités divines que nous prévoyons déjà dans le présent” (Message, n. 2), le Message renouvelle l’invitation à accomplir les œuvres de miséricorde corporelles indiquées dans la Bulle d’indiction du Jubilé (cf. nn. 7-15), “en portant une attention particulière aux plus pauvres et faibles, aux malades, aux personnes âgées, aux exclus de la société matérialiste et consumériste. Et à le faire avec le style de Dieu : avec proximité, compassion et tendresse, en prenant soin de la relation personnelle avec les frères et les sœurs dans leur situation concrète (cf. Exhort. ap. Evangelii gaudium, nn. 127-128)” (Message, n. 2).

Il ne s’agit donc pas d’un engagement social quelconque ; “l’Église n’est pas une ONG”, avait affirmé à plusieurs reprises le Pape François dès le début de son pontificat. Elle est avant tout une affaire d’amour[2].

En effet, le Pape François a souligné que, dans la proximité avec les plus pauvres, les missionnaires sont appelés à transmettre l’amour du Cœur compatissant du Seigneur. Ainsi, “nous expérimenterons que ‘le Cœur du Christ … est le noyau vivant de la première annonce’ (Lett. enc. Dilexit nos, n. 32)” (Message, n. 2).

Être des personnes du printemps

L’Église est finalement invitée à renouveler sa mission de transmission de l’espérance, en se nourrissant de la prière, des sacrements et de la communion fraternelle, dans une dynamique communautaire.

Le Message, au numéro 3, nous rappelle, en effet, que “prier est la première action missionnaire”, c’est donc dans une relation vivante avec le Seigneur que nous pouvons devenir des communicateurs d’espérance.

Évangéliser – insiste encore le Message, dans le prolongement de la réflexion sur la synodalité – n’est jamais un acte isolé, individuel ou privé, mais toujours ecclésial.

Soin de l’intériorité, de la communion, et orientation vers la mission : voilà les trois éléments à ne jamais dissocier, car ils s’impliquent mutuellement.

Il est enfin une réflexion du Message du Pape François particulièrement belle et émouvante : la Pâque du Seigneur est le printemps éternel de l’histoire. Nous sommes alors appelés à être “des personnes du printemps” :

“Nous sommes baptisés dans la mort et la résurrection rédemptrice du Christ, dans la Pâque du Seigneur qui marque le printemps éternel de l’histoire. Nous sommes alors ‘des personnes du printemps’, avec un regard toujours rempli d’espérance à partager avec tous, parce que dans le Christ nous croyons et savons que la mort et la haine ne sont pas les dernières paroles sur l’existence humaine” (Message, n. 3).

Alors que le monde semble s’enliser dans les ténèbres de l’hiver – marqué par les conflits, les injustices et les souffrances silencieuses – l’Église est appelée à incarner la lumière du printemps éternel inauguré par la Résurrection du Christ.

Être des personnes du printemps, c’est alors choisir de croire que l’amour est plus fort que la haine, que la paix est possible et que la Croix n’est jamais la fin de l’histoire.

En chemin avec le Pape Léon XIV

Ce Message d’espérance laissé par le Pape François, notamment en faveur de la paix, a été repris avec force par son successeur, le Pape Léon XIV, lorsqu’il s’exclame : “La guerre est toujours une défaite !”[3]. Il a béni pour la première fois le monde en offrant “la paix du Christ ressuscité, une paix désarmée et désarmante, humble et persévérante”[4].

Nos cœurs se sont réjouis à l’annonce de l’élection d’un Pape doté d’une longue expérience missionnaire, capable de nous indiquer, lui aussi, les chemins d’une évangélisation attentive aux interpellations de l’histoire.

Dès sa première homélie, en effet, le Pape Léon XIV s’est adressé à tous les fidèles en ces termes :

“Avec la lumière et la force du Saint Esprit, construisons une Église fondée sur l’amour de Dieu et signe d’unité, une Église missionnaire, qui ouvre les bras au monde, annonce la Parole, se laisse interpeller par l’histoire et devient un levain d’unité pour l’humanité”[5].

C’est là notre vocation chrétienne : être levain d’unité, témoins d’une espérance qui transforme, et artisans d’un monde réconcilié.

Antonietta Cipollini

 

 

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[1] Pape François, Message pour la xcixe Journée Mondiale des Missions 2025. Missionnaire d’espérance parmi les peuples. Nous abrégeons Message.

[2] Cf. Pape François, Message pour la Journée Mondiale des Missions 2013, n. 4.

[3] Léon XIV, Audience générale (18 juin 2025).

[4] Léon XIV, Première bénédiction Urbi et Orbi (8 mai 2025).

[5] Léon XIV, Célébration Eucharistique pour le début du pontificat (18 mai 2025).

 

 

 

13/09/2025