Aux fidèles de la paroisse Sagrado Corazón de Jesús d’Ypacaraí (Paraguay)

 

Mes chers amis,

Le 1er novembre 1966, à Rome, dans l’église San Saturnino, où la veille j’avais été ordonné prêtre, j’ai prononcé l’homélie de ma première Messe.Homilia 39 31 10 2020 1

Entre autres choses, ce jour-là j’ai dit que

dans cette lutte pour l’homme ma place était marquée : à côté des pauvres, de ceux qui ont faim et soif de justice, des artisans de paix, des persécutés à cause de la justice.

Dans cette lutte, pour moi, le sacerdoce est la tranchée la plus avancée : nous devons être au premier rang, avec audace et passion, sans trop nous attarder comme des aumôniers d’arrière-garde”.

Avec cette affirmation, je faisais de la parresia le programme de ma vie.

Si j’ai ou non vécu cette parresia, dans peu de temps le Seigneur me le dira, face à face.

Le terme parresia, comme tant d’autres mots que nous rencontrons dans la Bible, provient de la langue grecque. Littéralement, il veut dire “tout dire, tout annoncer”. Cela indique qu’il contient en lui-même la force de la liberté qui se conjugue avec la force de la vérité.

Dans le Nouveau Testament nous retrouvons le mot parresia 31 fois.

Dans l’Évangile selon saint Jean on dit que Jésus œuvre avec parresia dans la sphère publique :

“Moi, j’ai parlé au monde ouvertement. J’ai toujours enseigné à la synagogue et dans le Temple, là où tous les Juifs se réunissent, et je n’ai jamais parlé en cachette” (Jn 18, 20).

Jésus parle ouvertement, mais avec une certaine progression. D’abord il parle en paraboles, puis, quand le moment de la croissance de ses disciples est arrivé, il cesse de parler par similitudes.

Dans l’Évangile selon Saint Jean Jésus dit :

“En disant cela, je vous ai parlé en images. L’heure vient où je vous parlerai sans images, et vous annoncerai ouvertement ce qui concerne le Père” (Jn 16, 25).Homilia 39 31 10 2020 5

Et quand son heure est venue, “ses disciples lui disent : ‘Voici que tu parles ouvertement et non plus en images’” (Jn 16, 29).

À la parresia de Jésus correspond le témoignage franc et puissant des Apôtres.

Ainsi parle Pierre à Jérusalem : “Frères, il est permis de vous dire avec assurance...” (Ac 2, 29).

Et de Pierre et Jean on dit que, ayant parlé devant les Chefs du peuple et les Anciens, ceux qui étaient présents, “constatant l’assurance de Pierre et de Jean, et se rendant compte que c’était des hommes sans culture et de simples particuliers, ils étaient surpris ; d’autre part, ils reconnaissaient en eux ceux qui étaient avec Jésus” (Ac 4, 13).

Ici l’on constate clairement que la parresia ne dépend pas du niveau d’instruction et que par conséquent on ne l’acquiert pas avec les titres d’étude.

Le fait de prêcher “avec assurance au nom de Jésus” (Ac 9, 27), en effet, n’est pas un acte que l’homme puisse produire tout seul.

La parresia est donc un don de l’Esprit Saint accordé aux amis du Seigneur qui ne craignent pas les persécutions et les menaces (cf. Ac 4, 23-31).

Cette liberté d’esprit, en effet, laisse surpris ceux qui écoutent les Apôtres (cf. Ac 4, 13), mais crée aussi la division (cf. Ac 14, 3-4) et suscite jusqu’à la persécution (cf. Ac 9, 22-25).

Qui a peur que son témoignage et sa parole puissent susciter émerveillement, division, persécution, ne doit pas se moquer du Seigneur en lui demandant le don de la parresia.Homilia 39 31 10 2020 4

Et à cet égard, il est légitime de s’interroger pourquoi, même dans des milieux ecclésiastiques, tant de fois on mise sur la réalisation du consensus et de la tranquillité, au lieu de chercher tout simplement la fidélité intelligente et simple à la Vérité, qui est toujours accompagnée par la Charité.

Nous devons cependant nous rappeler que, lorsque nous ne savons pas nous parler à nous-mêmes et à ceux qui partagent notre même vie, nous ne pouvons pas nous bercer d’illusions sur notre capacité de parler à ceux qui vivent loin de chez nous.

Nous pouvons même nous faire des illusions pour un certain temps, mais tôt ou tard nous comprendrons que notre parole n’a pas de force : c’est une parole malade, qui ne produit pas de fruits.

Cela veut dire, très chers amis, que le manque de parresia, à un moment quelconque de notre histoire, contamine et rend stérile tout le corps, car, comme le dit saint Paul, “le corps ne fait qu’un, il a pourtant plusieurs membres ; et tous les membres, malgré leur nombre, ne forment qu’un seul corps” (1Co 12, 12).

C’est pourquoi, si nous parlons avec parresia à Ypacaraí et qu’ensuite, lorsque nous nous retrouvons ailleurs, par peur ou pour d’autres raisons, cette parresia disparaît, nous nous trompons nous-mêmes.

Cette parresia doit être préservée en toute circonstance, quoi qu’il en coûte, même si nous devions porter les chaînes comme saint Paul.

Pour cela saint Paul invite la communauté à la prière :

“Priez aussi pour moi : qu’une parole juste me soit donnée quand j’ouvre la bouche pour faire connaître avec assurance le mystère de l’Évangile dont je suis l’ambassadeur, dans mes chaînes. Priez donc afin que je trouve dans l’Évangile pleine assurance pour parler comme je le dois” (Ep 6, 19-20).

Ce n’est qu’au milieu des adversités et des luttes que l’on démontre si notre parole était vraiment la nôtre ou si nous vivions àHomilia 39 31 10 2020 3 Fr l’ombre des autres, faisant passer pour notre position et notre foi ce qui était le courage, la franchise, l’audace et la passion de quelqu’un d’autre.

Ce que nous sommes vraiment, on le verra quand nous sortirons à découvert et nous nous retrouverons seuls, sans personne qui nous protège et continue à nous dire, minute après minute, ce que nous devons dire et faire.

Nous ne pouvons pas vivre une vie humaine et chrétienne en restant toujours, fût-il dans un sens psychologique, dans le placenta de notre mère.

Demeurer en Christ Jésus veut dire ne pas substituer une autre parole à la sienne. Ne pas chercher un autre visage, mais fixer notre attente seulement en Lui. Rester ancré à la mémoire de son Histoire et ne pas substituer, à notre gré, son Histoire par une autre, où il n’y a plus de luttes, de divisions et de persécutions...

Car sinon la parole devient muette, les portes étroites deviennent grandes (cf. Mt 7, 13-14), notre sel devient fade et, ne servant plus à rien, il est jeté dehors et piétiné par les gens (cf. Mt 5, 13).

Seulement si nous avons le courage de crucifier “les critères de jugement, les valeurs déterminantes, les points d’intérêt, les lignes de pensée, les sources inspiratrices et les modèles de vie de l’humanité, qui sont en contraste avec la Parole de Dieu et le Homilia 39 31 10 2020 2 dessein du salut” (Evangelii nuntiandi, 19), nous arriverons, en passant par la porte étroite, sur des prés d'herbe fraîche où nous ne manquerons de rien et où les eaux tranquilles nous feront revivre (cf. Ps 22, 2-3).

 

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Ne pouvant pas le faire personnellement ces jours-ci, je remercie tous ceux qui ont exprimé leurs sentiments d’amour et d’amitié envers ma personne, à l’occasion du 54e anniversaire de mon ordination sacerdotale.

Je prie et j’offre ma vie pour que chacun puisse réaliser le plus beau rêve de sa jeunesse.

Et que la bénédiction du Dieu tout-puissant,
le Père, le Fils et le Saint-Esprit,
descende sur vous et demeure toujours avec vous.
Amen.

 

Emilio firmaP. Emilio Grasso

 

(Traduit de l’espagnol par Michele Chiappo)

 

 

21/11/2020