Aux fidèles de la paroisse Sagrado Corazón de Jesús d’Ypacaraí (Paraguay) 

 

Mes chers amis,

Au chapitre 2, verset 7, du livre de la Genèse, nous lisons que

“le Seigneur Dieu modela l’homme avec la poussière tirée du sol ; il insuffla dans ses narines le souffle de vie, et l’homme devint un être vivant”.

Il s’agit d’un texte fondamental pour expliquer la relation qui existe entre notre foi et nos habitudes alimentaires, habitudes qui ont éclaté au grand jour avec la pandémie du COVID-19.Homilia 42 21 11 2020 1.fr

Dans ce passage biblique, on indique la nature composite de l’être humain : poussière et souffle divin, matière et esprit, uni à la terre et solidaire avec elle, mais en même temps procédant de Dieu. Le défi consiste à affirmer cette nature composite, sans dévaloriser ou nier un élément au profit de l’autre, pour ensuite maintenir et promouvoir l’équilibre nécessaire.

L’image de la poussière nous exhorte à considérer, avec le sérieux qui s’impose, la solidarité de l’homme avec la terre ; à le considérer comme étant composé des mêmes éléments répandus dans tout le cosmos et, par conséquent, explicable également en termes de composés et de réactions chimiques et physiques.

Un déséquilibre chimique chez l’homme, l’absence d’un élément, ainsi qu’une consommation excessive de celui-ci, peuvent conduire à la maladie et même à la mort.

L’être humain a une base physico-chimique. L’oublier, c’est trahir le message biblique.

L’homme, cependant, n’est pas que simple chimie. Il est aussi “souffle de vie”, Esprit de Dieu.

Bien que la vie de l’homme ait une base chimique, sa vie authentique se situe dans la vision de Dieu, de son visage. Sans cette vision, l’homme meurt. Comme nous le rappelle l’un des premiers et des plus grands penseurs chrétiens, saint Irénée de Lyon : “La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant, et la vie de l’homme, c’est la vision de Dieu”.

Saint Irénée nous enseigne que Dieu est glorifié quand l’homme vit et que l’homme vit quand il respecte les lois de la nature. C’est pourquoi la lutte contre tout ce qui produit la mort – la malnutrition, les maladies, le manque d’hygiène, l’impossibilité de recevoir des soins adéquats – est une lutte pour la gloire de Dieu.

Ignorer les lois de la nature signifie, en revanche, nous construire un dieu à notre propre image, une idole, et c’est le péché le plus fréquent et le plus dangereux. La véritable alternative n’est pas tellement entre l’incrédulité et la foi, mais plutôt entre l’idolâtrie et la foi dans le Dieu vivant, qui nous parle et se fait connaître dans sa Parole et qui a révélé définitivement son visage en Jésus Christ.

Nous devons donc nous éduquer á l’équilibre, sans tout réduire à un seul élément ou à un seul aspect.

Il s’agit, en effet, d’aimer ce que Dieu aime, ce qui présuppose d’obtenir la connaissance de ce que Dieu aime.

La connaissance, à son tour, ne suffit pas, car la volonté doit s’appliquer à ce que l’intelligence a manifesté.

Lorsque, par exemple, nous avons compris que la consommation de certains aliments et boissons nuit à notre santé, nous avons atteint quelque chose de fondamental par rapport à ceux qui se nuisent à eux-mêmes sans le savoir. Cependant, la connaissance seule ne nous transforme pas en hommes en bonne santé, si nous n’avons pas la volonté de renoncer à ces aliments et boissons, même si nous les aimons et y sommes habitués.

Le régime alimentaire idéal est celui qui, d’une part, fournit les principes nutritionnels convenables en quantité adéquate et de la meilleure qualité possible et, d’autre part, assure un équilibre entre les calories introduites et les calories dépensées.

L’une des maladies les plus répandues au Paraguay est l’obésité, qui touche une grande partie de la population. On en arrive parfois à confondre l’obésité avec la bonne santé, en estimant que les personnes obèses sont aussi particulièrement en bonne santé.

S’il n’y a pas d’autres raisons spécifiques, telles que des troubles hormonaux ou la consommation de médicaments qui provoquent une prise de poids, l’obésité est due à de mauvaises habitudes alimentaires et de vie.

L’obésité est à l’origine de nombreuses altérations du métabolisme, tels que le diabète et l’excès de cholestérol. Les pathologies auxquelles ces altérations conduisent sont de nature cardiovasculaire (hypertension, coronaropathie, tendance aux crises cardiaques).

Il existe également une relation étroite entre l’obésité et de nombreux types de cancer : cancer du côlon, de la prostate et du sein. De plus, elle engendre des complications d’ordre respiratoire, des troubles de l’appareil digestif et des problèmes de caractère psychologique qui conduisent les sujets obèses à s’isoler des autres.

Les troubles alimentaires sont pris en considération par l’Église par le biais de la perspective du péché capital de la gourmandise.

Dans ce sens, selon le Diccionario de la Real Academia Española, gourmandise (gula) signifie : “Excès de nourriture ou de boisson, et appétit désordonné pour la nourriture et la boisson”.

La gourmandise étant une forme d’idolâtrie, nous pouvons donc comprendre l’expression de saint Paul dans la Lettre aux Philippiens :

“Car je vous l’ai souvent dit, et maintenant je le redis en pleurant : beaucoup de gens se conduisent en ennemis de la croix du Christ. Ils vont à leur perte. Leur dieu, c’est leur ventre, et ils mettent leur gloire dans ce qui fait leur honte ; ils ne pensent qu’aux choses de la terre” (Ph 3, 18-19).

Au centre de leur vie, il y a la nourriture et le plaisir qui en découle.

La connaissance, les soins et le respect du corps humain sont une obligation pour tout chrétien qui sait que Dieu s’est révélé précisément dans le corps de Jésus de Nazareth, au point qu’“en lui, dans son propre corps, habite toute la plénitude de la divinité” (Col 2, 9).

Il y a, en effet, de nombreuses attitudes qui doivent être modifiées afin que l’alimentation puisse contribuer à la santé de la population.

Il s’agit d’abord de comprendre l’importance de la prévention dès l’enfance, car c’est à ce moment-là que certaines erreurs alimentaires causent des dommages irréparables et qu’on contracte de nombreuses habitudes alimentaires, avec des conséquences tout au long de la vie.

En outre, il est nécessaire de développer une relation correcte avec la nourriture, en éduquant le goût : les aliments ne doivent pas forcément être gras, huilés ou salés pour être appétissants.

Dans ce sens, il est fondamental d’apprendre à apprécier les fruits et légumes.

Enfin, un dernier changement de mentalité qui s’impose est celui de s’habituer à cultiver ce terrain que presque toutes les familles paraguayennes possèdent et qu’elles n’utilisent presque jamais. Ce terrain pourrait produire des fruits et des légumes, nos plus grandes ressources pour la prévention du cancer et des maladies cardiovasculaires. C’est un grand service rendu à nous-mêmes et à nos familles, ainsi qu’une réponse à Dieu, qui a confié à l’homme son jardin.

À ces conditions, l’alimentation cessera d’être une menace continuelle et sournoise pour la santé ou une idolâtrie du ventre, pour devenir une communion avec le Dieu de la vie, de la joie et de la fête.

 

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 Homilia 42 21 11 2020 4

À l’occasion de la fête patronale de la capilla Santa Catalina de Alejandría, je me souviens avec gratitude et affection des coordinateurs, Mme María Estela Torres de González (Kika) et M. José Rosa González, ainsi que de tous les fidèles de cette chère capilla.

Je remercie également Mme Blanca Torres de Tacuatí pour faire parvenir ces homélies à tous ses contacts au Paraguay et à l’étranger.

Et que la bénédiction du Dieu tout-puissant,
le Père, le Fils et le Saint-Esprit,
descende sur vous et demeure toujours avec vous.
Amen.

 

Emilio firma

P. Emilio Grasso

 

(Traduit de l’espagnol par Michele Chiappo)

 

 

16/12/2020