Aux fidèles de la paroisse Sagrado Corazón de Jesús d’Ypacaraí (Paraguay)

 

Mes chers amis,

Cette année, la célébration du 134e anniversaire de la fondation de la ville d’Ypacaraí coïncide presque avec les élections imminentes du maire de la ville et des conseillers municipaux.Homilía 82 11 09 2021 1fr

J’adresse donc mes salutations respectueuses à Mme la maire intérimaire, Mabel Beatriz Cárdenas Amarilla, et, très particulièrement, aux trois candidats de différentes formations politiques qui se présentent au poste de maire de la ville.

Bien évidemment, j’adresse également un salut chaleureux aux conseillers qui sont sur le point de terminer leur mandat, ainsi qu’aux candidats aux postes de conseiller qui se présentent à ces élections.

En m’adressant aux candidats au poste de maire, je respecte l’ordre alphabétique de leurs noms de famille, afin que personne ne puisse penser à une préférence pour l’un ou pour l’autre.

C’est pourquoi j’adresse mes salutations et mes mots respectueux à MM. les candidats Alejandro Cano González, Raúl Fernando Negrete Caballero, Miguel Ángel Villagra Almada.

La première chose que je veux dire et réaffirmer, une fois de plus, c’est que l’Église n’entre pas dans le débat politique de manière autoritaire et dogmatique.

Pour être plus clair, dans le cas spécifique de notre ville d’Ypacaraí, pas un seul mot ne sortira de la part de l’Église pour favoriser ou rejeter l’un des trois candidats en question.

Comme l’affirme le Concile Vatican II, ce sont les fidèles qui doivent

“apprendre à distinguer avec soin entre les droits et les devoirs qui leur incombent en tant que membres de l’Église et ceux qui leur reviennent comme membres de la société humaine” (Lumen gentium, 36).

Voter pour tel ou tel candidat relève d’un droit-devoir que l’on exerce en tant que membre de la société humaine et non en tant que membre de l’Église.

“L’Église – proclame le Concile Vatican II – ne veut en aucune manière s’ingérer dans le gouvernement de la cité terrestre. Elle ne revendique pour elle-même d’autre titre que celui d’être au service des hommes, Dieu aidant, par sa charité et son dévouement fidèle” (Ad gentes, 12).

Dans ce service aux hommes, l’Église nous rappelle que dans l’engagement politique, chacun ne doit engager que lui-même et non l’Église. L’Église est un témoin de l’absolu ; elle est une communauté prophétique qui guide l’histoire ; elle est la proclamation d’un Royaume qui est déjà au milieu de nous et qui doit encore venir ; elle est un jugement continu sur un monde qui n’est pas le Royaume.

Pour sa part, saint Paul VI a clairement déclaré que

“prendre au sérieux la politique à ses divers niveaux, c’est affirmer le devoir de l’homme, de tout homme, de reconnaître la réalité concrète et la valeur de choix qui lui est offerte de chercher à réaliser ensemble : bien de la cité, de la nation, de l’humanité” (Octogesima adveniens, 46).

Prendre au sérieux la politique, à ses différents niveaux, signifie que les électeurs doivent connaître le contenu et la valeur de l’option qui leur est présentée, selon laquelle le bien de la ville doit être réalisé collectivement ; que les candidats à la fonction de maire doivent présenter, expliquer et rendre crédibles ces programmes, et qu’on peut avoir confiance dans les personnes appelées à les mettre en œuvre.

La responsabilité de la formation, de la présentation et de la réalisation des différents programmes revient aux différentes formations politiques et à leurs représentants élus lors des élections primaires.

Sur ce point, il nous faut être très clairs, au risque de répéter plusieurs fois les mêmes choses.

Ce qui appartient à la sphère religieuse de chaque citoyen ne peut être utilisé de quelque manière que ce soit. En d’autres termes, les programmes et les candidats se présentent non pas au nom de l’Église, et sans qu’ils utilisent des images religieuses d’aucune sorte, mais au nom de programmes politiques.

À cet égard, il est important de réaffirmer le principe de la laïcité de la politique, un principe qui se fonde sur l’Évangile, où Jésus dit : “Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu” (Mt 22, 21).

Le terme “politique” dérive de pólis, qui signifie ville et désigne l’art d’organiser une ville et la vie d’un pays.

La politique est donc l’art de faire en sorte que tous les citoyens vivent dans la liberté, dans la justice et dans la paix.

Cette vision de la politique est totalement différente de la vision clientéliste et prébendière qui porte le nom de “politique créole”.

Selon un éminent homme politique uruguayen du siècle dernier, Emilio Frugoni, la politique créole est

“indigne, subalterne, sensuelle, frivole, marquée par la fraude, la corruption, la démagogie et la vénalité, caractérisée par le flou et l’hétérogénéité idéologiques, par l’exploitation des intérêts personnels les plus illégitimes, par l’‘esprit de pari’, l’immoralité, le caudillisme et les vieilles idolâtries, le fanatisme, le traditionalisme irrationnel”.

Je prie et j’espère que les différents candidats qui se présentent aux élections municipales imminentes, inaugureront et réaliseront un profond changement culturel, qui ait pour point de départ une intelligence éclairée et un cœur purifié, en se rappelant que la vertu du fort, vertu nécessaire pour agir en politique, est liée à la patience et à l’écoute, et non à l’offense des autres et à un concours où le gagnant est celui qui crie le plus fort et offense le plus ses adversaires politiques.

Nous sommes appelés à nous libérer de ce fanatisme idéologique ou irrationnel qui charge la politique de significations impropres, irréductiblement opposées, qui la transforment en une guerre sans prisonniers, un affrontement héréditaire entre ami et ennemi.

En ce qui concerne les trois candidats différents et les différents candidats conseillers – je le répète une fois de plus – l’Église ne donne aucune indication et ne fait aucun choix. Cela appartient au peuple et à la conscience de chacun.

La seule chose que l’Église puisse faire est de rappeler que le temps passe et que nous arriverons tous au point final de notre vie, où nous serons jugés sur l’amour que nous avons eu pour notre prochain.

Et la politique, débarrassée des intérêts personnels plus ou moins mesquins, est – comme l’a dit Pie XI, et comme l’ont répété tous ses successeurs – “la forme suprême de la charité, qui ne le cède qu’à la charité religieuse envers Dieu”.

Avec l’espoir que cette forme suprême de charité commencera à circuler dans notre ville d’Ypacaraí et s’étendra à tout notre cher Paraguay, j’invoque sur chacun, sans exclure personne, la bénédiction de Dieu.

Et que la bénédiction du Dieu tout-puissant,
le Père, le Fils et le Saint-Esprit,
descende sur vous et demeure toujours avec vous.
Amen.

 

Emilio firmaP. Emilio Grasso

 

(Traduit de l’espagnol par Michele Chiappo)

 

 

25/09/2021