Protagoniste incontournable de l’histoire de l’Église au Cameroun et en Afrique, Mgr Jean Zoa est l’une de ces figures dont la stature ne peut être pleinement appréciée qu’au prix d’approfondissements successifs.

Le colloque Monseigneur Jean Zoa, son héritage et son enseignement, qui s’est tenu à Yaoundé, dans l’amphithéâtre de l’Université Livre Monsegneur Zoacatholique d’Afrique Centrale, le 9 et 10 décembre 1998, a voulu les inaugurer et a permis d’analyser quelques aspects parmi les plus marquants de la vie et de l’œuvre de l’archevêque : théologien, pasteur, homme public.

Ce volume rassemble les actes de ce colloque, organisé par le Centre d’Études Redemptor hominis avec la collaboration de la Faculté de Théologie de l’Université catholique.

Il a voulu être, avant tout, un acte d’hommage à Mgr Zoa.

Le feu archevêque était un homme de conviction et de passion – passion pour l’homme, pour l’Église, pour les pauvres, pour son pays – et comme tel il ne laissait personne indifférent. Il suscitait des dévouements durables, mais parfois aussi des hostilités hargneuses.

Rien à voir, dans ses interventions, avec ces discours passe-partout qui ne soulèvent aucune objection et conviennent à toutes les situations, qui peuvent être prononcés n’importe où parce qu’ils ne sont de nulle part. Sa lucidité, sa décision, son audace l’ont amené à exprimer, sur de nombreux sujets, des points de vue très originaux qui ne lui ont pas toujours valu que de l’admiration.

Classé tantôt parmi les progressistes, tantôt parmi les conservateurs et qualifié tour à tour de rebelle, de complice, d’opposant, de timide, Mgr Zoa aura échappé à toutes les étiquettes et à toutes les tentatives de récupération, tentatives qui, au demeurant, témoignent de son prestige personnel. Car, quelles que soient les évaluations dont son œuvre peut faire l’objet, il est indubitable que Monseigneur a traversé quarante ans de vie ecclésiale et politique camerounaise en maître, en essayant d’imprimer aux événements sa propre marque, celle d’un homme libre.

Confrontés à la dissonance des opinions, les intellectuels ont le devoir de contribuer à mettre en perspective l’œuvre et l’action de Mgr Zoa. Les auteurs qui sont intervenus au colloque n’entendaient pas afficher une neutralité ou une froide objectivité prétendument “scientifique, qui ne serait d’ailleurs qu’un leurre. Ils lui étaient tous intimement liés et leur affection à Mgr Zoa peut rendre parfois possible une compréhension plus profonde de son héritage.

Dans le même sens, les organisateurs n’ont pas voulu attendre assez longtemps pour effectuer ce colloque. Si le colloque est venu si peu de temps après la mort de l’archevêque, c’est par le souci de veiller à ce que rien ne soit perdu de ce qu’il a légué, en recueillant les témoignages de ceux qui l’ont connu.

C’est donc ici, dans l’intensité de ce lien affectif et dans ce sentiment d’urgence que résident les raisons premières de ce colloque, qui s’est voulu aussi, pour la Communauté Redemptor hominis, un témoignage de gratitude, ainsi que la reconnaissance d’une dette. Mgr Zoa a voulu la présence de notre Communauté dans son diocèse et il l’a accueillie non pas comme une main-d’œuvre bon marché qui venait grossir les rangs de ses ouvriers, mais comme une communauté religieuse ayant une identité propre.

Le travail coude à coude avec Mgr Zoa pendant plus de vingt ans, a beaucoup enrichi notre Communauté et l’a aidée à mieux découvrir et définir son charisme dans le contexte africain, en lui apprenant à vibrer à l’unisson avec l’Afrique, au rythme que donnait son magistère.

Les organisateurs du colloque n’ont pas eu la prétention d’épuiser les différentes questions qui surgissent en relation avec la figure de Mgr Zoa. Cela aurait été trop difficile, étant donné le caractère multiforme de son intelligence et de son action.

Il s’est agi seulement d’une première approche, au cours de laquelle ont été analysés des sujets tels que son impact sur l’histoire du pays, sa vision du développement et du laïcat, sa participation active et remarquée au Concile Vatican II, sa préoccupation pour une saine administration de l’économie dans son archidiocèse, avec des incursions dans sa conception des rapports entre Évangile et culture. Un thème, ce dernier, qui demanderait des études ultérieures, en raison de l’importance et de la nouveauté des vues de Mgr Zoa. Qu’il suffise de rappeler ici l’insistance avec laquelle il privilégiait, dans les dernières années de sa vie, la notion de conversion par rapport à celle d’inculturation.

Néanmoins, dans l’ensemble, les différentes communications ont offert une image assez précise de l’enseignement de Mgr Zoa.

Il est revenu à M. Florent Etoga Eily, ami de Mgr Zoa pendant un demi-siècle, de situer l’œuvre de l’archevêque dans le contexte des quarante dernières années de l’histoire du Cameroun, avec une attention particulière pour l’interprétation qu’il a su donner des relations entre l’Église et l’État. Sa relation a aussi reconstruit, dans une vision de synthèse, les traits fondamentaux de la figure de l’archevêque, ainsi que la trace qu’il a laissée sur le laïcat et l’intelligentsia camerounaise.

La relation du professeur Jean-Paul Messina, enseignant à la Faculté de Théologie de l’Université catholique d’Afrique Centrale, a présenté un autre aspect de la biographie de Mgr Zoa : son rôle au Concile Vatican II, qui est examiné en détail à travers ses initiatives, sa participation aux commissions conciliaires, ses interventions.

Le Concile était venu confirmer Mgr Zoa dans deux options qui caractérisaient sa pastorale dès le commencement : le développement et l’importance du laïcat. L’article de Daniele De Angelis a analysé le premier de ces sujets, en reconnaissant trois étapes qui dessinent l’évolution de la pensée de Mgr Zoa : les deux premières décennies, le Synode, les années quatre-vingt-dix.

L’archevêque percevait avec clarté la place essentielle des laïcs dans la lutte pour le développement. C’est le père Giuseppe Mari, membre de la Communauté Redemptor hominis, qui a exposé la vision du laïcat qui animait Mgr Zoa. En partageant l’esprit du Concile, Mgr Zoa savait que l’Église n’est pas véritablement implantée tant que n’existe un laïcat actif et responsable. Il n’a jamais cessé d’affirmer la dignité du laïc, qui n’est pas un chrétien de deuxième classe. Tout son magistère a exprimé une conception du laïc comme contemplatif, appelé à entrer dans un rapport personnel et profond avec le Christ. Dans cette optique il n’hésitait pas à proposer aux laïcs la devise même des moines, ora et labora. C’est à l’intention des laïcs qu’il a voulu élaborer une pastorale de l’intelligence et une théologie de la création.

Pour poursuivre les objectifs de développement intégral qu’il s’était fixés, et pour garantir le futur de l’Église, Mgr Zoa avait inséré parmi les priorités de l’archidiocèse la recherche de l’autofinancement et l’attention pour une gestion avisée des ressources matérielles, problème certes crucial. C’est Mgr Achille Mbala-Kyé, ancien Vicaire général de l’archidiocèse et professeur à la Faculté de Théologie de l’Université catholique, qui a abordé ce sujet, en permettant ainsi de lever un pan sur un autre aspect de la personnalité multiple de Mgr Zoa.

Mais Mgr Zoa n’a pas été seulement un homme de pensée et d’action. Le témoignage de Giuseppe Butturini, professeur d’Histoire du christianisme à l’Université de Padoue et ancien responsable du secteur Religions traditionnelles au Secrétariat Vatican pour les non-chrétiens, a ainsi souligné d’autres dimensions de Mgr Zoa. En présentant ses souvenirs, il a certes évoqué des épisodes qui renvoient à la remarquable perspicacité intellectuelle de l’archevêque, comme sa célèbre intervention lors du Synode des Évêques de 1974 sur l’évangélisation, marqué par le débat sur l’africanisation. Mais surtout il a mis en lumière la grande humanité et l’intensité de la foi de Mgr Zoa, un homme par qui, selon ses mots et sa propre expérience, l’Afrique a évangélisé l’Europe.

Et c’est précisément la certitude que l’héritage de Mgr Zoa représente une richesse considérable non seulement pour l’Église au Cameroun, mais pour l’Église universelle, qui a présidé à la gestation de ce colloque.

Michele Chiappo

 

 

AA.VV., Monseigneur Jean Zoa. Son héritage et son enseignement. Actes du Colloque. Yaoundé, 9 et 10 décembre 1998, Centre dÉtudes Redemptor hominis, Mbalmayo 1999, 125 pp.

 

 

 

TABLE DES MATIÈRES

 

 

Liminaire. Limportance dun héritage

Michele Chiappo

 

   7

Lettre de Son Ém. le Card. Josef Tomko,
Préfet de la Congrégation pour lÉvangélisation des peuples

 

  12

Monseigneur Jean Zoa : un message pour notre histoire

Florent Etoga Eily

  15

Monseigneur Jean Zoa : Père du Concile Vatican II

Jean-Paul Messina

  33

Lenseignement de Mgr Jean Zoa sur le développement. Jalons historiques

Daniele De Angelis

  59

Le laïcat dans la perspective de Mgr Jean Zoa

Giuseppe Mari

 
  79

Le souci de gestion et dautofinancement chez Mgr Jean Zoa

Achille Mbala-Kyé

 99

Mgr Jean Zoa. Quelques souvenirs

Giuseppe Butturini

115

Mot de clôture

Antoine Babé

121